#10 Coralie, enseignante en lycée français et fondatrice de Les cours de Coralie
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Coralie qui vit au Danemark. Elle est professeure de français et aide notamment les enfants scolarisés dans des écoles à l’étranger. Bonjour Coralie ! Est-ce que tu peux te présenter?
Bonjour Audrey ! Je m’appelle Coralie. Je suis professeure certifiée de lettres de français et je travaille depuis bientôt 10 ans dans les lycées français à l’étranger. En parallèle de mon activité à temps plein, je donne aussi des cours de soutien scolaire en ligne pour aider les élèves à s’améliorer en français et à appréhender surtout les examens du système scolaire français qui sont le brevet et le bac.
Peux-tu nous parler des lycées français ? Nous expliquer ce qu’ils sont, ce qu’ils proposent, etc?
Les lycées français de l’étranger, il y en a énormément. On dit lycées, mais en réalité, ce sont plutôt de très grosses écoles qui démarrent de la maternelle.
C’est à partir de 3 ans, 4 ans, je crois, et ça va jusqu’au baccalauréat français, donc jusqu’à 18 ans. Il y en a des lycées qui sont plus petits, mais globalement, ce sont de grosses, voire de très grosses écoles qui englobent la maternelle, le primaire, le collège et le lycée.
Il y en a dans toutes les capitales du monde. Il y en a aussi en dehors des capitales du monde, évidemment, dans des villes un peu plus petites. C’est un énorme réseau d’établissements scolaires français à destination des expatriés français. Pour les familles qui ont besoin d’être dans un système scolaire français pour qu’il y ait une continuité dans la scolarité française de leurs enfants.
On appelle ça souvent les lycées français AEFE. L’AEFE, c’est l’Agence des établissements français à l’étranger. C’est un gros réseau qui rassemble toutes les écoles françaises du monde.
Pour y travailler, est-ce qu’il faut des diplômes spécifiques?
Il faut faire partie de la fonction publique française. Dans les lycées français, on peut travailler sous plusieurs contrats. Il y a par exemple le contrat des professeurs détachés, dont je fais partie.
Et pour être professeur détaché dans ce genre d’établissement, en effet, il faut avoir un cursus français. Il faut avoir le concours de professeur des écoles pour l’école maternelle primaire ou le CAPES, pour le côté secondaire, pour pouvoir postuler dans ce genre d’école. Après, il y a aussi d’autres contrats qui ne nécessitent pas forcément le concours de la part des enseignants.
Mais voilà, la plupart des enseignants qui y travaillent ont le concours français de professeur et ont eu un parcours universitaire en France avant de postuler dans ces lycées.
Est-ce que pour les familles qui veulent s’inscrire il y a des critères d’inscription spécifiques ? Moyennant finances, parce que c’est connu que les lycées français sont plus ou moins chers.
Ça dépend des lycées. Le prix de la scolarité dans un lycée français, c’est vraiment propre à chaque établissement. Est-ce que tout le monde peut s’y inscrire ? Je ne veux pas dire de bêtises, parce que ce n’est pas moi qui m’occupe de ça dans les lycées français.
Normalement, je dirais oui. Après, c’est vrai que selon les lycées, il y a beaucoup de demandes. Parfois, il y a une sorte de saturation au niveau des inscriptions.
Pour d’autres établissements, non. Au contraire, il y a vraiment de la place pour tout le monde. Comment se font les inscriptions dans ces lycées ? Ça, j’avoue, je ne suis pas dans les bureaux, donc je ne sais pas trop comment ça fonctionne.
Mais normalement, quand une famille française s’expatrie à l’étranger et a des enfants français, évidemment, l’enfant peut être scolarisé dans le lycée français, normalement. Après, il y a peut-être des choses qui m’échappent, mais normalement, ça fonctionne comme ça. Il y a des lycées avec des frais d’inscription plus ou moins élevés.
Selon certains lycées aussi, il y a des aides, des sortes de bourses, je crois. Donc en fait, c’est vraiment propre à chaque établissement. Et il n’y a pas, on va dire, une manière unique de faire commune à tous les lycées français du monde.
Et donc, tu as dit, ils suivent le cursus français. Mais est-ce qu’il y a des cours, par exemple, toi, tu es au Danemark, est-ce qu’il y a des cours de danois ? Puisqu’en fait, c’est aussi de l’intégration pour que les enfants puissent parler danois en dehors de l’école.
Exactement.
Alors moi, c’est le troisième lycée français dans lequel je travaille. J’ai travaillé dans une école du réseau à EFE à Londres.
Suite à ça, je suis partie au lycée français de Barcelone. J’y ai travaillé trois ans. Et là, ça va faire quatre ans bientôt que je travaille au lycée français de Copenhague, en parallèle de mes cours en ligne.
Et donc, oui, dans chaque établissement, ce qui est super intéressant pour les élèves, c’est qu’ils ont un environnement scolaire multilingue, multiculturel. À Barcelone, par exemple, ils avaient des cours de catalan, d’histoire-géographie en espagnol, des cours de littérature catalane. Et c’est pareil ici à Copenhague.
Les élèves ont des cours de littérature danoise, des cours d’histoire-géographie en danois. Vraiment, les enfants français baignent dans un environnement multiculturel. Et c’est là où, justement, par moment, pour un élève, imaginons qu’il vient de France et qu’il se retrouve dans un lycée français de l’étranger, c’est là où l’adaptation n’est pas toujours évidente pour lui, parce qu’il va se retrouver avec de la littérature danoise, par exemple, ou des cours d’histoire-géographie danois.
Donc, pour lui, l’adaptation n’est pas toujours évidente, parce qu’il y a non seulement une nouvelle langue qui vient se mettre dans sa scolarité, et puis toute la culture qui accompagne cette langue également. C’est très intéressant.
Tu nous as aussi dit que tu es professeure indépendante à côté, en plus de tes heures au lycée français. Tu donnes donc des cours particuliers aux enfants.
Comment t’es venue cette idée de donner ces cours particuliers ?
Alors, je pense que, comme beaucoup de monde, le Covid et le confinement ont déclenché certaines choses chez moi. Il faut savoir que depuis mes études à la fac, j’ai toujours donné des cours particuliers en me déplaçant au domicile des gens pour accompagner les collégiens et les lycéens dans leur scolarité, quand il y a besoin d’un petit coup de pouce en termes de soutien scolaire en français.
Et puis, quand il y a eu le confinement, moi, j’étais à Barcelone. Le confinement était très strict. Barcelone étant une ville très peuplée, on nous avait interdit de sortir de chez nous, juste pour faire des courses à la rigueur.
Et donc, je me suis retrouvée à devoir faire cours pour mes élèves du lycée français de Barcelone en ligne. Et à partir de ce moment-là, l’idée a commencé à germer. Et moi, je bouge beaucoup, j’ai beaucoup voyagé, et j’aime changer de pays tous les 2, 3, 4 ans maximum, ce que je fais depuis 10 ans.
Et voilà, l’idée avait commencé à germer, à me dire, tiens, je pourrais peut-être lancer des cours en ligne. Alors, pas seulement pour la faculté de pouvoir bouger comme je veux, mais aussi pour me sentir un peu plus proche de mes élèves.
Et puis après, j’ai enchaîné sur le lycée français de Copenhague. Beaucoup de travail sur place, beaucoup de responsabilités.
Donc, mon projet s’est un petit peu endormi. Et là, j’arrive au terme de mon contrat au lycée français de Copenhague. Parce que quand on est professeur détaché, les contrats sont limités dans le temps.
Et je commençais à réfléchir et à anticiper, à me dire, mais moi, mon contrat s’arrête dans quelques mois. Qu’est-ce que je fais après ça ? Et puis, si tu veux, c’est vite arrivé dans ma tête l’idée de me sentir proche de mes élèves, de continuer à faire ce que j’aime, c’est-à-dire enseigner les lettres, tout en étant mobile, nomade, et en me rendant utile auprès d’élèves en difficulté. Et donc je suis vite revenue à l’idée de lancer les cours en ligne.
Et ça s’est fait assez naturellement parce que c’est quelque chose que j’avais fait auparavant. Sauf que là, j’ai décidé de le faire de manière plus grande, on va dire, plus professionnelle, plus officielle. Et c’est comme ça que j’ai créé mon entreprise de cours en ligne.
Est-ce que tu peux nous présenter ton entreprise, nous parler de ce que tu offres, de comment se déroulent tes cours, etc.
J’ai appelé mes cours, les cours de Coralie. Comme ça, au moins, c’est facile à retenir.
Et en fait, ça n’est ni plus ni moins que du soutien scolaire pour les collégiens et les lycéens. Je me suis spécialisée dans les classes à examen du système scolaire français. Les élèves qui sont en troisième et en première ont un examen, entre autres, de français très important, le brevet pour les troisièmes, et les élèves de première, le bac.
Et ce sont souvent des examens qui sont source de stress pour les enfants, surtout dans les lycées français, parce que dans les lycées français à l’étranger, le degré d’exigence est très élevé, plus que dans le système public français. Moi, j’ai travaillé quatre ans dans les écoles publiques en France, j’ai vu la différence entre les deux. Et les exigences sont élevées, le niveau des élèves est globalement bon, voire très bon dans les lycées français du monde.
Quand on arrive après au lycée, il y a tout un système que l’on appelle Parcoursup, que les élèves français connaissent bien. C’est une espèce de plateforme qui sélectionne les élèves pour déterminer leur vœu d’orientation après le bac. Donc autour du brevet et du bac, il y a beaucoup d’enjeux, beaucoup de stress, beaucoup de pression.
Ce sont des niveaux que je connais très bien, ça fait 15 ans que j’enseigne auprès des classes de fin de collège et de lycée, donc c’est des exigences et des examens que je connais bien. Je suis correctrice tous les ans, examinatrice du brevet et du bac, donc je connais sur le bout des doigts. Et j’avais senti qu’il y avait un réel besoin pour les élèves de se rassurer et puis de renouer aussi avec le français, parce que, comme on l’a dit, quand on débarque dans un lycée français, le niveau est élevé, les exigences également.
Les élèves se retrouvent aussi catapultés dans un pays à l’étranger, avec une nouvelle langue à apprendre, comme on l’a dit tout à l’heure, des cours de littérature danoise, par exemple. Donc c’est vrai que pour eux, le français peut représenter une difficulté où, du moins, les élèves ont besoin de se rassurer et puis d’avoir aussi un professeur, on va dire… Moi, je me vois plus comme une tutrice, en fait, plus que comme une professeure, c’est-à-dire qu’ils sont en tête-à-tête avec moi ou en tout petit groupe. Ils ont mon numéro de téléphone, ils peuvent me contacter, me poser une question à n’importe quel moment, me faire part de leurs doutes, de leurs inquiétudes.
Donc j’ai voulu proposer un système de soutien au plus proche de l’élève, un soutien vraiment individualisé. Les élèves, d’ailleurs, m’appellent par mon prénom, me tutoient, ce qui est très différent du système français ou d’ordinaire, on vouvoie, on appelle son professeur Madame Machin, Monsieur Bidule.
Et donc, j’ai retrouvé un côté très humain. Même si ce sont des cours en ligne, souvent, on a tendance à penser que le cours en ligne est dépersonnalisé, que c’est du virtuel, alors qu’en fait, pas du tout. Je me sens beaucoup plus proche dans ma relation avec mes élèves en ligne que quand je suis devant une classe de 30 élèves et que toutes les heures, au rythme de la sonnerie, eh bien, j’ai 30 nouveaux élèves qui débarquent devant moi.
Donc c’est vraiment dans cette optique que j’ai pensé et conçu mes cours en ligne. Et pour l’instant, c’est vraiment ce que j’arrive à créer. C’est une relation plutôt complice et proche avec les élèves.
Je trouve que c’est très beau ce que tu dis sur les cours en ligne et cette proximité, en fait, assez étonnamment avec les élèves. Je donne aussi des cours en ligne, évidemment, il y a cette distance géographique. Certains élèves, je pense que je ne les rencontrerai jamais. Mais il y a cette proximité parce que justement, petit groupe, plus personnalisé, cours vraiment individuels. Et en effet, ce n’est pas la même chose que d’être devant une classe d’une trentaine d’enfants avec 40-50 minutes.
Comment se déroulent tes cours ? Qu’est-ce que tu y fais ?
C’est un système qui est simple. Mes cours se passent sur Zoom, cette plateforme qui est très ludique, qui est très agréable parce qu’on a un gros tableau blanc qu’on se partage avec l’élève.
Et sur ce tableau blanc, l’élève, comme moi, il a tout au pouvoir sur le tableau blanc. Donc, on peut dessiner, on peut écrire, taper à l’ordinateur, surligner, faire des schémas, des flèches, des carrés, mettre des couleurs. C’est vraiment un cours qui est interactif, et c’est vraiment un cours où l’élève n’est pas spectateur, c’est-à-dire qu’il est vraiment acteur de toute l’heure qu’il fait avec moi.
Le temps passe vite. C’est vrai que souvent, mes élèves me disent « Ah là là, ça y est, l’heure est déjà passée. » Oui, parce qu’en fait, on est actif, même si c’est du virtuel. L’idée, c’est pas d’être derrière son écran d’ordinateur comme si on regardait une série. Au contraire.
Donc, les cours se déroulent d’une manière assez simple, je dirais. Avant le cours, je rencontre toujours les parents, je rencontre évidemment l’élève pour qu’on brise un peu la glace, que je puisse définir en quoi je peux lui être utile, de quoi il a besoin, quels sont ses objectifs.
Et puis, par rapport à ça, je vais l’accompagner. Alors, ça peut être soit du suivi hebdomadaire, c’est-à-dire un élève qui a besoin de me voir toutes les semaines pour faire les devoirs que son professeur lui donne. Alors, s’il n’a pas de devoir, j’en profite pour voir avec lui des choses du programme.
Après, il y a aussi des stages intensifs que je propose pendant les vacances scolaires. Là, ça s’adresse plutôt à des élèves qui ont justement ces fameux examens de fin d’année et qui ont besoin d’avoir un peu plus d’entraînement, d’avoir un stage intensif qui, en priorité, permet à ces élèves-là de se préparer au brevet ou au bac. Et puis, je propose tout un tas de petites choses aussi à côté.
Je propose un système de cours à la carte les samedis pour les collégiens et lycéens où les élèves, en fait, viennent quand ils veulent, c’est sans engagement. Je propose aussi des entraînements une fois par mois ou même plusieurs fois par mois quand j’ai de la demande pour s’entraîner aussi à l’oral parce que l’oral, c’est quelque chose qui fait un peu peur. Pour le brevet et pour le bac de français, c’est pareil.
Les élèves ont une épreuve orale. En terminale la toute dernière année de lycée, les élèves ont même une épreuve qu’on appelle le grand oral et qui fait très peur aux élèves. Donc, je propose aussi des modules ponctuels comme ça, on va travailler la prise de parole, on va travailler l’oral, évidemment, avec tout le programme de révision qu’il y a avec.
Je propose aussi des petits trucs rigolos. Cet été, je vais lancer un rendez-vous hebdomadaire de dictées. J’ai appelé ça les dictées de Coralie où ça sera pour les petits, pour les grands et en famille aussi, pourquoi pas, pour travailler l’orthographe de manière fun et conviviale.
Donc, tout un tas de petites choses qui conviennent. L’idée a été de répondre à un maximum de besoins, un maximum d’objectifs et surtout à tous les budgets. Parce que le soutien scolaire, pour moi, il faut que ça reste accessible humainement, c’est-à-dire que moi, j’aime cette idée de pouvoir être accessible, que l’élève ou le parent peut me contacter, j’ai envie de dire presque quand il veut, je suis tout le temps joignable, pour qu’il y ait un contact humain, ce qu’on a tendance à perdre parfois, je trouve, dans les gros lycées français du monde.
Il y a le côté accessible humainement parlant et financièrement parlant aussi. Je propose des cours individuels et je propose aussi des cours en duo ou en trio, avec un tarif dégressif à chaque fois. Les petits modules, les dictées fun et conviviales, je propose un tout petit prix également.
J’essaye en tout cas de m’adapter aux besoins de tout le monde et au budget, parce que ça me paraît aussi important que le soutien soit accessible et ne soit pas, on va dire, un privilège pour les plus aisés.
Est-ce que tu aurais des conseils pour les parents qui vivent à l’étranger et qui ne peuvent peut-être pas suivre des cours de soutien ? Est-ce que tu aurais des conseils pour qu’ils puissent soutenir particulièrement leurs enfants justement pour le brevet ou le bac ?
Déjà, il faut savoir que dans les lycées français, il y a un très bon encadrement.
Après, parfois, ça peut ne pas suffire parce qu’il y a dans certaines écoles de gros effectifs. Moi, j’ai déjà travaillé dans des écoles où on dépasse les 30 élèves par classe, donc l’enfant peut se sentir noyé dans la masse.
C’est pour ça que moi, je trouve que le soutien individualisé en ligne confère un caractère plus humain, plus authentique finalement au rapport professeur-élève. Si j’avais un conseil à donner aux parents, c’est d’essayer d’accompagner un maximum leurs enfants dans les classes un peu sensibles avec les examens justement. La troisième et la première, c’est quand même des années assez charnières.
Je dirais même peut-être plus la troisième avec le brevet parce que le brevet, c’est vraiment le pont entre la fin du collège et le début du lycée. Pour moi, c’est vraiment là le moment charnière parce que c’est tout ce qu’on apprend en troisième, c’est ce qui va déterminer l’épanouissement et la réussite de l’enfant après en seconde. Donc essayer de suivre un maximum son enfant dans ces deux classes qui sont on va dire les plus sensibles.
Et puis, de donner aussi, je pense, moi j’ai beaucoup de parents qui se plaignent que les enfants ne lisent plus, notamment. Et c’est vrai que moi, professeur de lettres, c’est un combat de tous les jours. Moi, je me sens un peu le fossile, le dinosaure d’un temps révolu qui arrive avec ses bouquins en disant aux élèves, voilà, il faut lire.
Surtout pour la classe de première avec le bac, il y a des œuvres imposées au programme, donc les élèves se retrouvent contraints et forcés de lire arrivé en classe de première parce que c’est le programme du bac qui l’exige. Et quand l’habitude de lire n’a pas été prise avant la classe de première, les élèves se font vraiment violence. Et souvent, les parents me disent, mais moi mes enfants ne veulent pas lire, comment faire ? Alors très souvent, on se rend compte et c’est pas du tout un reproche.
Moi-même, je viens d’une famille qui ne lit pas, je n’ai jamais vu ma famille lire et pourtant je suis professeur de lettres aujourd’hui. Mais je pense qu’un conseil à donner, c’est aussi aux parents d’être un peu ceux qui impulsent aussi le goût de la lecture. Et je pense que ne serait-ce que lire le soir, je ne sais pas moi, 10-15 minutes avec son enfant dans le salon, chacun son livre, je ne dis pas de lire le même livre, ça peut être super aussi, mais voilà.
Faire de la lecture peut-être quelque chose de commun et je pense que quand un enfant voit ses parents lire, même si c’est 10 minutes par jour, ça lui donnerait peut-être envie.
Moi, j’ai instauré aussi avec certains parents, le matin par exemple un petit rituel au petit déjeuner, on peut demander à l’enfant ce qu’il est en train de lire en français avec sa prof, qu’est-ce qu’il pense de l’histoire, je ne sais pas.
J’avais créé un petit jeu notamment avec des dés et quand on lance les dés, selon le chiffre, il y a une petite liste de questions et on pose une question, ça peut être parle-moi d’un passage que tu as bien aimé dans les quelques pages que tu as lu hier ; si tu étais prof de français, est-ce que tu ferais étudier ce livre à tes élèves ?
Essayer de faire que la lecture devienne un moment complice et puis un sujet de discussion au même titre qu’une série Netflix. J’ai souvent tendance à comparer la lecture à une série Netflix, ça peut être tout aussi palpitant, ça peut être tout autant ce même rendez-vous. J’ai des élèves et des amis aussi qui me disent, moi tous les soirs, je regarde ma série Netflix et après on en parle en famille, j’ai des gens qui regardent la même série que moi, on s’échange les trucs.
Et je pense qu’on peut faire un lien entre la lecture et les nouvelles habitudes qu’on a maintenant au 21e siècle.
Donc voilà, c’est souvent des petits conseils que je donne aux parents comme ça, c’est des choses qui prennent 5 minutes par jour, le petit rituel de parler de lecture le matin au petit déjeuner, ça prend vraiment pas beaucoup de temps, et je pense que c’est une question d’habitude. Et évidemment les parents ont une grande importance aussi dans la transmission des mots, et ça passe aussi par, donner l’exemple en quelque sorte, lire 10 minutes le soir, et ça pourrait inciter peut-être son enfant à faire de même.
Je rebondis sur ça, il n’y a pas longtemps j’ai vu une étude qui démontrait que les parents qui lisent influencent les enfants à lire aussi. Ça semble logique, c’est vrai que ça va pas forcément influer, tu le dis toi-même, tu n’as pas une famille de lecteurs et tu es quand même devenue prof de lettres, mais voilà, ça peut quand même influencer, et tant qu’à faire influencer positivement, autant essayer.
Exactement, et moi j’ai souvent des parents, même des gens très proches de moi qui ont le téléphone constamment vissé dans la main. Sur les réseaux sociaux ils vont me dire que tous les soirs c’est la guerre pour faire lire leur enfant, et ils te disent ça avec le téléphone branché sur Instagram.
Des fois j’ai envie de leur dire, sans du tout passer pour une donneuse de leçons une fois de plus, mais voilà, j’ai envie de leur dire t’as tout le temps ton téléphone dans la main, tu ne peux pas reprocher à ton enfant de faire pareil finalement. Et je pense que parents comme professeurs, c’est difficile évidemment de donner l’exemple, parce que c’est pas évident, et nous professeurs, on fait ce qu’on peut en classe, les parents font également ce qu’ils peuvent le soir à la maison.
Et c’est pour ça aussi que j’aime les cours en ligne, c’est que je parle beaucoup avec les parents, plus que quand on est dans le bain d’une grande école et qu’on a des dizaines et des dizaines d’élèves par jour. Les cours en ligne me permettent d’avoir un lien très proche avec les parents. Et ils me demandent de temps en temps aussi des conseils, et finalement on travaille de pair, c’est vraiment parents et professeurs, tuteurs, pour donner le goût de la lecture, des mots, et du français à leurs enfants.
Pour finir, est-ce que tu as un ou plusieurs exemples de réussite de tes élèves en cours particulier ? Est-ce qu’il y en a certains qui t’ont plus marqué que d’autres ?
J’ai eu beaucoup d’élèves en cours particulier, certains m’ont marqué plus que d’autres, oui, après est-ce que j’ai des exemples très originaux de réussite, pas spécialement, mais on va dire que ce qui m’a le plus marqué, alors j’ai peut-être pas un élève précis en tête, mais j’en ai plusieurs.
Mon but premier, c’est vraiment de faire renouer les élèves avec le français, et moi j’adore avoir des parents qui me contactent en me disant que leurs enfants détestent le français, parce que ils ont une mauvaise expérience, parce qu’ils ont des difficultés. Forcément quand on a du mal, on a des difficultés à s’attacher à la matière. Et c’est vrai que j’ai souvent eu des élèves qui, avec le soutien, la moyenne a augmenté évidemment, mais pour moi c’est même pas vraiment ça. La plus belle des réussites, c’est plutôt de redonner, ou de donner même tout court le goût des lettres aux enfants.
Et j’ai souvent des parents ou des élèves qui me disent en fin d’année scolaire, grâce à toi, maintenant, j’aime le français. Et ça je trouve que c’est vraiment la plus belle des choses, ou des élèves qui vont me dire grâce à vous, je me suis mis à lire.
Cette année, j’ai une élève qui m’a écrit un petit mot en me disant que je lui avais donné le goût de l’écriture de la poésie. Et donc pour moi c’est ça le plus beau souvenir, c’est d’être l’élément déclencheur qui fait qu’un élève va se mettre à lire ou à écrire, par exemple.
J’ai un autre souvenir aussi très agréable, d’une jeune fille que j’ai accompagnée pendant ses trois années de lycée, et qui se destinait à faire le métier de comédienne. Après ses études, elle voulait absolument faire une école de théâtre, et je l’ai aidée notamment à se préparer pour les auditions de théâtre.
Donc là, les cours en ligne ont été même au-delà d’une scolarité collège-lycée, on a dépassé le après-lycée, et elle a eu besoin de moi à une ou deux reprises notamment pour que je l’aide à interpréter un texte de théâtre, pour qu’elle puisse réussir une audition.
Donc, plein de petits exemples comme ça, parce que ce qui est intéressant dans l’enseignement des lettres, c’est que c’est très large.
Les lettres, c’est à la fois la grammaire, mais c’est aussi la littérature, c’est la lecture, c’est l’écriture, ça peut être la poésie, ça peut être le théâtre. Donc c’est vrai que ça véhicule beaucoup de choses finalement, cette matière. Et puis c’est la culture française aussi, évidemment, derrière les grands auteurs, qui constituent notre patrimoine, qui constituent la culture propre à chacun.
Et en fait, on se rend compte que quand on aime, les notes augmentent. Donc évidemment, il y a de la méthode, il y a des techniques à apprendre, ça c’est clair. L’intérêt du soutien en ligne, c’est de faire progresser aussi l’élève et une augmentation des notes, ça booste la confiance en soi, ça booste l’estime de soi. Mais je pense que pour augmenter les notes, évidemment, il faut connaître toutes les techniques et les méthodes du brevet, du bac, il faut connaître le programme, il faut le maîtriser, mais je pense que tout ça, ça ne vient pas si on n’a pas l’élément déclencheur du cœur, du sentiment.
Et si on n’aime pas ce qu’on fait, on a beau s’acharner à apprendre la méthode et maîtriser le programme, il y aura peut-être une augmentation des résultats, mais elle sera beaucoup plus faible que si on donne le goût. Et je pense que quand on se met à aimer quelque chose, on peut déplacer des montagnes après quand c’est… Alors je ne dis pas la passion, moi j’ai la passion des lettres, évidemment, mais quand on a le goût pour ça, je pense que oui, les choses peuvent venir d’elles-mêmes, bien sûr.
Merci à Coralie pour son témoignage plein d’humanité et de passion! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!


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