
#4 Margot, de maman à enseignante de français langue maternelle pour ses enfants
Aujourd’hui j’ai le plaisir d’accueillir Margot, maman de trois enfants qui vit actuellement à Chypre. Elle a cependant beaucoup bougé comme vous l’entendrez et elle nous parle de l’éducation française de ses enfants dont deux ont majoritairement grandi dans un système anglais. Bonjour Margot. Peux-tu te présenter ?
Bonjour ! Comme tu l’as dit, j’ai bande de trois filles, elles sont grandes maintenant, mais effectivement, une qui a fait sa scolarité que dans le système français, une qui a fait moitié-moitié, qui en quatrième a changé pour le système français et américain, et la troisième qui, dès le CP, a directement intégré le système américain.
Donc on a un comparatif des trois systèmes. On a fait le système français, on a commencé à s’expatrier au Gabon. De là, on est parti un petit peu en France, puis on est parti à Oman, où elles étaient en école américaine. Là on est allés à Bahreïn, on les a trimballés, en Lituanie, là on n’avait plus que la petite dernière, et maintenant, à Chypre, on n’a plus d’enfants avec nous.
À présent, on en a deux en France, mais ça ne va pas durer, je pense. Et une en Angleterre, à Londres.
Comment s’est passée la transmission du français, notamment, par rapport à ces différents pays, ces différentes langues que les enfants ont entendues ?
Forcément, elles entendaient français tout le temps à la maison. Mais ce n’est pas si évident que ça de maintenir le français à la maison quand on a des enfants en système anglophone. Parce que forcément, quand elles revenaient de l’école, les devoirs étaient en anglais.
La sœur qui était là, puisque l’aînée avait déjà quitté la maison, elle parlait aussi anglais à l’école toute la journée. Donc, elles se parlaient en anglais. Donc, il y a un moment, je me suis dit, il va falloir faire quelque chose.
C’est vrai que je suis très française. J’adore les autres systèmes, mais j’adore la langue française. Je ne voulais pas que mes filles apprennent l’anglais et perdent le français. Ça n’avait plus aucun intérêt. Quand elles sont arrivées en système américain, elles ne parlaient pas du tout anglais.
Mais il s’est avéré qu’au bout d’un an, elles avaient complètement changé pour l’anglais et elles abandonnaient le français. Ce qui fait que, par exemple, j’allais me balader sur la plage avec ma petite puce de 7 ans et elle me disais « Oh, maman, regarde, un jellyfish ! » J’étais obligée de dire « une méduse » .
Et en fait, obligée de traduire au fur et à mesure dans la journée, sans arrêt, les mots. Et j’ai réalisé là qu’effectivement, tout le nouveau vocabulaire, tout, elle l’apprenait en anglais. Et ce vocabulaire-là, je ne l’introduisais pas en français dans sa vie courante.
Donc on a eu l’idée avec la prof qui faisait le maintien de l’anglais, de monter un programme pour les langues maternelles. C’était une école où il y avait 60 nationalités où on s’est rendu compte qu’il y avait une maman danoise, allemande, arabe, même si on était dans un pays arabophone, finalement ils ne maintenaient pas forcément l’arabe, différents indiens, on voulait chacune maintenir notre langue maternelle, l’enseigner.
Donc on s’est mis ensemble et on a monté ce qu’on a appelé le Mother Language Programme. Et l’école nous a permis de faire ces cours de langue maternelle dans chacune des langues à l’école, juste après les cours. Et de monter des groupes comme ça d’enfants qui voulaient maintenir leur langue maternelle.
Et ça, ça a été super parce que ça a permis d’intégrer mes filles avec d’autres francophones. Et de ne pas me batailler à la maison toute seule pour faire des cours de français, des fois très académiques, parce que certains élèves suivaient le CNED, et des fois introduire la culture française au fur et à mesure, la littérature, le vocabulaire, les anecdotes, les expressions françaises.
Par exemple, quand je disais à un élève, il avait un sacré poil dans la main. L’élève me regardait alors qu’il est francophone, qu’il est français, avec de grands yeux. Elle me disait quoi ? Là, j’ai dit, ah oui, c’est vrai, il faut aussi que je vous explique les expressions françaises. Voilà le cheminement.
Eh oui, les expressions françaises, c’est souvent très imagées. En effet, il faut les apprendre. Et donc c’est toi qui as enseigné dans ce groupe ?
Eh bien, finalement, oui. Parce que je suis arrivée à Oman et là, j’ai appris que je n’avais pas le droit de travailler. Voilà, que je n’avais pas de visa. Il fallait un visa. Mon mari travaillant pour l’État, le sultan, impossible d’avoir un visa.
Et le centre Franco-Omanais recherchait des professeurs de français. Et j’ai dit, bon, ça, apparemment, c’était le seul métier que j’avais le droit de faire. Justement parce qu’il manquait de personnes parlant français. Donc, j’ai fait ça.
Et quand le Modern Language a été monté, j’ai dit, je vais faire aussi prof de français à l’école. Et là j’ai passé des diplômes de FLE en parallèle. Donc, j’ai fait aussi des cours de français à mes filles. Il y avait une deuxième professeure, j’avais trouvé une autre femme, pour qu’on se répartisse les niveaux et les classes.
Comment s’étaient organisés ces groupes pour apprendre le français, donc la langue, la culture, les expressions ? Comment avez-vous organisé de manière générale ce cours ?
Déjà, on a fait la publicité à l’école. Et selon chaque année, avec cette autre fille, on se réunissait et on disait, voilà, on a des élèves de tels niveaux. On demandait aux parents ce qu’ils voulaient ? Un maintien de la langue française ? C’est-à-dire que l’enfant a l’occasion de parler, de s’exprimer en français et qu’il comprenne les communications générales en français. Voilà, arriver à lire.
Ce sont des enfants qui ne lisaient même pas français, qui ont été poussés, obligés à lire l’anglais. Avec mes filles, c’était laborieux. Il fallait lire un peu, des petits textes en français. Alors qu’elle parlait couramment à la maison, mais il n’y avait pas moyen qu’elles lisent couramment.
Elles ne comprenaient pas le vocabulaire journalistique. Donc, on posait cette question et certains parents me disaient non, moi, il faut vraiment le CNED avec renvoyer les devoirs au CNED parce que mon enfant va certainement réintégrer un système bilingue. Ou alors, ils vont retourner en France ou en Belgique ou dans un pays qui sera 100% francophone et donc dans le système français.
Et donc, en fonction de ça, chaque année, on montait les groupes et on adaptait. Souvent, on avait deux niveaux de classe. Et on faisait travailler en parallèle les élèves sur deux niveaux. Mes filles, je ne leur ai jamais fait le CNED. Parce que je savais pertinemment qu’elles ne retourneraient pas en système francophone, en école française. J’inventais les cours, alors des fois inspirés du Cned pour la littérature, toutes les pièces de Molière, par exemple, les choses comme ça.
Mais j’avoue que je les rendais un peu plus fun et attrayants. Je leur passais des extraits, je leur passais des vidéos, en même temps du texte. Je coupais, je prenais certains passages. Pour les Victor Hugo, c’est pareil, c’est important d’avoir une base de ce qu’est Balzac, Victor Hugo, tous ces grands auteurs. Mais par contre, aller lire en entier, non, c’était matériellement pas possible. Ils avaient deux heures de cours avec nous, deux fois une heure dans la semaine.
Les devoirs n’étaient pas si faciles que ça à leur faire faire en plus. Mais je voulais vraiment qu’ils aient quand même toutes ces bases de la culture française. Donc, j’inventais un petit peu. Et puis, souvent, je demandais au professeur d’anglais, qu’est-ce que vous êtes en train d’étudier ? Un jour, j’ai mis à peu près trois quatre minutes à comprendre qu’ils étaient en train d’étudier Antigone mais comme il l’a dit en anglaise j’ai pas compris, ça donne un truc très bizarre en anglais aussi quand c’est prononcé. Donc j’ai dit ah bah tiens on va le faire aussi quand même ça serait dommage de ne l’étudier qu’en anglais.
J’ai fait ça pendant dix ans. Ma collègue faisait tous les primaires. Elle adorait les primaires. C’est pareil, elle avait certains qui faisaient CNED et certains qui étaient plus jeux, c’était plus sensibilisation. Parce qu’il faut savoir qu’il y a des parents qui sont francophones les deux, de naissance, mais qui ne parlent pas français à la maison.
J’ai vraiment été assez étonnée, parce que quand je demande en début d’année scolaire, le critère pour s’inscrire, c’était pas des cours de français langue étrangère, c’était des cours de français. pour francophone que je faisais à ce moment-là. Et quand un enfant lui pose une question, qu’il a déjà 10-12 ans et qu’il a du mal à répondre en français, je lui disait « Vas-y, dans n’importe quelle langue, réponds-moi. » Et c’est en anglais qu’il me répondais. Je lui disait « J’ai lu que tu avais un parent belge et un parent français. Vous parlez quelle langue à la maison ? » Et il dit « Souvent anglais, c’est plus simple. »
Donc là, souvent, je voyais les parents, je disais, vous vous posez, vous lisez un texte par semaine, vous mettez quelques musiques françaises aussi, ça fait partie de la culture. Des fois, j’envoyais des liens avec des chanteurs. Je leur dis, ça fait partie de cette culture française où l’enfant va être frustré. Parce que vis-à-vis du monde extérieur, ils sont francophones, mais en fait, ils n’en connaissent rien. Et donc après, j’ai dit aux parents, faites attention, vous allez vous reprendre ça en boomerang dans la figure, parce que pour l’enfant, c’est nul. On lui pose une question et il ne sait rien de la culture française.
Alors que je discute avec des Omanais qui ont appris le français et qui me parlent de Louis de Funès. Et qui cite des livres, des films de Louis de Funès et des choses comme ça. Et je dis, ben oui, c’est la culture française. C’est des choses qui se transmettent. On ne peut pas, nous, en deux fois une heure par semaine, tout transmettre.
Quand les filles écrivaient, on a un tableau où on écrit les courses, où on écrit ce dont on a besoin. Elles me l’écrivaient en anglais au début. Et donc, j’ai dis, tu m’écris en français sur les tableaux. Elles n’étaient pas contentes mais c’était comme ça à la maison.
Ce sont aussi ces petites choses qui font qu’un enfant va vraiment intégrer la langue française dans son quotidien.
Ma fille, il y a des mots tout bêtes, elle ne savait même pas comment on les écrit, des choses de course qui lui manquaient. Je lui dis, non, tu vas me l’écrire, liquide vaisselle, par exemple, ou des choses comme ça. Elle me dit, oh là là, mais celui-là est drôle, oh, ben oui, c’est bon. Ça va être drôle. Alors là, c’est là qu’on a dit, mais pourquoi encore deux S, deux L ? Mais c’est trop compliqué le français. Oui, je vois bien, oui.
C’est vrai que l’écriture française est très compliquée. Ça, c’était à Oman, ce cours pour Français, pour les petits francophones. Est-ce que dans les autres pays où vous avez été, il y avait aussi des actions pour les petits francophones ?
Non, il n’y en avait pas. L’école n’était pas réceptive comme ça. Non, vraiment, on a eu une chance folle.
Après, mes filles étaient grandes, donc j’ai continué. En fait, après, quand on était à Bahreïn, il se trouve que c’était juste au moment du Covid et ma fille était en cours. Elle a dû faire, je ne sais pas, cinq jours de cours. Et elle s’est retrouvée à la maison avec son ordinateur à faire ses cours devant son ordinateur.
Elle était au milieu du salon et là, j’entends. « Oui, alors, prenez le livre page 22, on va lire. » Et là, je me penche vers ma fille. C’est qui qui parle ? Elle m’a dit c’est mon professeur de français. Elle était en système IB, en French High Level. Donc c’était littérature. « Je crois qu’on est mal barré pour le bac là. Ça va pas le faire je pense. »
Donc je suis vite allée à l’école, j’ai interrogé l’école. Ils m’ont dit, elle a tous les diplômes. Sur le papier peut-être, mais moi en tant que francophone, je peux vous assurer qu’elle ne parle pas français cette dame. Donc ça m’inquiète fortement parce que ma fille étant française, je m’attends bien à ce qu’elle ait un 7, vous voyez, pas un 4-5 parce qu’elle n’aura pas étudié la bonne œuvre, qu’elle n’aura pas produit tout ce qu’elle doit produire pour l’école et qu’elle n’aura pas approfondi.
Et en plus au-delà du grade, c’est l’occasion que ma fille fasse 3-4 heures de français par semaine. Voilà, c’est une école internationale. Donc, la dame est partie et on m’a demandé de la remplacer. Ça n’était pas voulue, au-delà de ça. Mais elle m’a appelée et m’a dit, on cherche un professeur qui pourrait faire le High Level ID. Et il se trouve que je l’avais fait aussi, je faisais aussi à l’école américaine de mes filles. Je faisais aussi des cours à ID.
Et donc, je me dis, je fais. Et voilà. Il se trouve que c’est moi qui ai enseigné à ma fille et à d’autres élèves pendant ces deux mois aussi. Et là, c’était que littérature, essentiellement. C’était très sympa aussi. Enfin, pour moi, pour eux, je ne sais pas.
Maintenant, tes filles sont grandes, mais est-ce que tu continues à enseigner le français ?
Très peu. Parce que ce n’est pas mon métier de base. Là, c’était l’occasion et c’était parce que j’étais heureuse d’intégrer mes filles. Il y avait vraiment cette nécessité pour mes filles. Et impossible de trouver Oman ou trouver une autre solution. Depuis, il y a plein de choses en ligne qui se sont développées. Depuis, il y a plein de plateformes. Mais ça, c’est il y a 14, 15 ans à peu près. Ma fille a 21 ans.
On n’avait pas de connaissances. Il n’y avait pas la vision comme aujourd’hui. Il n’y avait pas tout ça. Ce n’était pas développé pareil. C’était vraiment une nécessité.
Maintenant, j’ai encore quelques cours à distance parce que mon nom se donne de bouche à oreille à Oman. J’ai encore des élèves à Oman que je fais en visio. Parce que j’ai eu les grands frères, les cousins, les cousines. Et les gens se donnent mon numéro de téléphone. Mais ce n’est pas mon métier principal.
C’est très enrichissant, en fait, parce que c’est tous des élèves de cultures différentes. En fait, quand on fait du français, on aborde plein de choses, finalement, avec des comparaisons, et c’est comment dans ton pays. Du coup, c’est très sympa.
Est-ce que tu as des conseils pour les parents qui veulent transmettre la langue et la culture française à leurs enfants qui vivent à l’étranger ?
Le premier, c’est effectivement de trouver un professeur, c’est-à-dire de t’inscrire dans des cours avec d’autres enfants en groupe. Seul, je ne crois pas trop parce qu’il n’aura pas la motivation. Même si c’est trois, ce n’est pas grave. Trois, c’est déjà un groupe. Trois enfants qui vont et qui sont dans la même situation. Ils parlent une autre langue à l’école, voire à la maison, mais ils se rendent compte qu’il y a d’autres copains qui ont cette langue avec eux.
Ma sœur est américaine, elle a eu une fille avec un Américain. Ils habitent aux États-Unis. Elle parlait français à sa fille et sa fille lui a rétorqué « Mais c’est quoi ? Personne ne parle cette langue, maman. C’est quoi l’intérêt ? » Je lui disais « Mets là avec d’autres francophones, d’autres enfants qu’on va aussi peut-être forcer, mais c’est pas grave. Ils vont se lier entre eux et ils vont se lier contre le prof et les parents, mais c’est pas grave. Au moins, vous aurez fait. »
Deux, ne rien lâcher à la maison. C’est le plus dur. Je sais que c’est une bataille. Je sais que c’est compliqué. Franchement, moi, il a fallu vraiment que je tienne bon. Il a fallu deux, trois fois que je dise à mes filles, je sais que c’est pénible, que je vous demande des efforts en plus, mais c’est mon rôle de maman. Parce que moi, j’ai la vision après. Quand vous êtes un enfant, vous ne pouvez pas voir ce qu’il y a après. Le monde du travail, le monde comment ça se passe après. comment on se sent après avec ses racines. Vos racines, elles sont françaises. Je ne peux pas vous déraciner. Parce que ça, ça ne changera pas.
Donc ne lâchez pas et mettez, comme je fais sur le tableau, on écrit en français, mettez des moments français à la maison, des moments où on aime la France, on aime la culture française, on met des musiques françaises de temps en temps. Ça n’empêche pas de mixer mais on fait découvrir les musiques françaises, on fait découvrir la culture française. L’été j’organisais, on a fait tous les châteaux de la Loire, on allait se promener, on a fait des parcs d’attractions en même temps, on a fait des choses comme ça, mais c’est ça la culture française aussi, c’est connaître ces châteaux, c’est connaître les différents paysages de France, c’est ça en fait.
Et je dis aux parents, ne lâchez pas. Franchement, même si vos enfants vous disent qu’ils en auront le bol. Ma fille qui avait déjà 14 ans, ça allait très bien, mais l’autre à partir de 7 ans, mais combien de fois elle m’a envoyée balader, et des fois en plein devant les autres élèves, alors que les autres élèves étaient extrêmement respectueux.
Alors, il y en a d’autres qui partageaient le point de vue. Elles mettaient les pieds sur la table. Voilà, elle se permettait des choses. À la maison, c’était pareil. Elle a trichée. Je lui ai demandé, quand elle a fait le high-level, je lui ai demandé d’écrire une lettre. Je ne me souviens plus, il y avait le sujet. Elle m’a amené un truc. Je l’ai regardé, je dis… Alors, soit Victor Hugo est ton meilleur pote, soit c’est ChatGPT. Je ne sais pas lequel des deux.
Voilà, donc c’est ça, c’est ne pas lâcher non plus là-dessus. Et puis, faire comprendre que c’est quelque chose d’important. Et souvent, les parents, par fatigue, par lassitude, ils lâchent. Et ma fille, mes deux filles, finalement, ça leur a servi. le français. Une, parce qu’elle est rentrée à Londres dans sa première agence de com, alors en anglais, mais parce qu’elle était française et qu’elle parlait français. Voilà. Ils lui ont dit, ah, ça tombe bien, on a un client à Paris en ce moment, tu pourras nous aider. Voilà. Donc, elle a dit, merci maman. Parlé, ça, OK, mais envoyer les emails et répondre correctement, c’est plus compliqué.
Et l’autre, elle fait du dessin de jeux vidéo, art designer. Et en fait, une des meilleures écoles est en France. C’était Rubica, dans le nord de la France. Elle a cherché monde. Finalement, une des meilleures écoles est en France pour faire ça. Comme quoi. Alors qu’elle, elle n’envisageait pas du tout de rentrer en France. Américaine, mes filles, c’est terrible. Et donc, elle a passé le concours. Et lors du concours d’entrée, il y a eu des épreuves de culture générale française, forcément. Et voilà, on y est. Ah non, c’est bien Balzac, ça ! J’ai eu un petit moment de panique. Finalement, elles ont 27 et 21 et elles m’ont dit, c’était bien quand même, on avait besoin du français.
Mais c’est comme tout apprentissage, je veux dire, tout le monde se souvient à l’école d’une matière, même si on l’aimait au maximum, il y a toujours eu des moments où on se disait, c’est barbant, c’est pas intéressant, ça fait partie de l’apprentissage.
Si on rajoute quelque chose, c’est ça le problème, on décide en tant que parent de les mettre en système anglophone, parce qu’on leur dit si c’est important que tu parles anglais, que voilà, c’est cette culture-là et tout ça. Et paradoxalement on leur dit oui, mais alors attends, il faut aussi que tu parles français. Alors je comprends que dans leur petite tête il y a un truc, ben pourquoi tu m’as pas mis l’école française ? Il faut répondre à ce paradoxe.
Pour finir, est-ce que tu as une ou plusieurs anecdotes de tes enfants, quand elles étaient petites je suppose, sur ce bilinguisme anglais-français ?
J’en ai donné deux ou trois déjà en parlant. Il y en a une qui m’a fait bien rire quand j’ai amené un jour une tarte sur la table que j’ai coupée les parts. Et j’ai servi ma fille avec la pelle à tarte. Et il se trouve que le petit bout, le petit pointe est resté. En fait, je l’ai servi sur son assiette et il lui manquait le petit bout avec les fruits. Et elle m’a dit « Hé maman, elle est pointless ! » Alors, je comprends le concept. Et là, elle m’a regardée et me dit « Mais on dit comment dans ces cas-là ? » On ne dit pas en français. On dit il n’y a pas la pointe, maman.
C’est vrai que dans chaque langue, il y a des mots qui n’existent pas dans les autres langues. Et c’est intéressant d’apprendre.
C’est facile, en fait. Une autre fois, on reprenait fin août l’école et on arrive fin août. Et moi, j’avais mes deux filles de chaque côté de moi. On rentre dans l’école. Et à ce moment-là, je dis à mes filles. Oh ! je réalise qu’il va falloir que je reparle anglais toute la journée. Parce que moi, ça me demande des efforts. Avec les profs, avec tout dans mon boulot.
Et là, tu as mes filles qui font « Yeah, c’est trop bien ! » Et je leur dis « Oh, c’est trop bien ! » Elles me disent « Ah ouais, parce que le français, là, cet été, ça nous fatigue. C’est fatigant pour le cerveau. On préfère parler anglais. » Et j’ai dit « Ah oui ! »
Et depuis, j’en parle avec elles. Du coup, elles travaillent à moitié en anglais et en français elles me disent oui mais maman tu te rends pas compte l’anglais c’est une langue de feignants en fait c’est facile. Comme pointless il n’y a plus la pointe, on met deux mots on trouve le mot. En français non, il y a toujours un mot particulier. C’était marrant. Parce que vraiment, j’avais ce découragement. Parce que deux mois, parler français en France, c’était bien, c’était fatiguant. Elle vivait l’inverse de moi.

Ecrire un commentaire