#5 Marlène, passer 3 mois en école maternelle en France pour booster le français de son fils
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Marlène, maman française en Allemagne d’un petit garçon franco-allemand. Bonjour Marlène ! Est-ce que tu peux te présenter ?
Bonjour ! Oui, bien sûr ! Je m’appelle Marlène, j’habite à Leipzig depuis 2007 où j’ai commencé d’abord par faire mes études et après je suis restée.
Depuis 2013, je travaille à mon compte en tant que traductrice et j’ai un petit garçon de 3 ans et demi qui va à l’école franco-allemande à Leipzig. Et je viens de Bordeaux, je suis née à Bordeaux.
Comment se passe la transmission du français ? Tu dis que ton fils va dans une école franco-allemande, donc il doit avoir plus de contact avec le français qu’un enfant qui va dans le système « classique » ?
Oui, donc à l’école franco-allemande, il y a les éducateurs allemands et des assistants de langue française. Ils sont tous mélangés. Il y a la crèche et il y a la partie Kindergarten à partir de 3 ans. Il y a plusieurs assistants de langue et plusieurs éducateurs qui s’occupent des enfants.
Par activité, il y a les deux langues qui sont présentes.
Et à la maison, ça se passe comment cette transmission ?
A la maison, chez son papa, il parle en allemand et chez moi, c’est tout en français. Alors, par exemple, quitte à regarder la télé, c’est toujours en français chez moi.
Tous les livres que je lui lis, c’est tout en français. Je ne lui parle qu’en français et après, il me répond comme il veut, ça ne me dérange pas. S’il me répond en allemand, j’essaie de répéter la phrase en français ou de reprendre les mots en français et ça marche plutôt bien. Surtout depuis le mois de septembre, on était allés en vacances (en France) l’année dernière où là, il y a eu un déclic.
Et depuis, il parle quand même beaucoup français et j’essaie de saisir plein d’opportunités pour l’encourager à parler en français. Par exemple, mon deuxième travail après la traduction, c’est d’accueillir des jeunes français à Leipzig, de leur trouver un stage, un logement et de les encadrer sur place.
Il y a certains jeunes qui viennent en famille d’accueil, d’autres qui habitent dans des logements ensemble et d’autres en famille d’accueil. Donc je suis aussi famille d’accueil. J’en prends toujours un chez moi en fait. Comme ça, c’est sympa. Pour mon travail, ça m’aide aussi.
Et pour Brian, c’est bien comme ça. Il a d’autres personnes avec qui il peut parler français. Enfin, il est obligé parce que les jeunes qui viennent, ils ne parlent quasiment pas allemand, donc il n’a pas trop le choix. Donc, c’est bien, c’est deux fois par an.
Pendant trois semaines, un mois, il reste. Sinon, il y a de la visite. Il y a mon papa qui vient souvent nous voir. On essaie d’aller régulièrement en France. D’ailleurs, depuis une semaine, on est à Angers. On reste jusqu’à début mai.
Brian a donc l’opportunité d’aller à l’école avec sa cousine. C’est le deuxième jour aujourd’hui. Et il est en petite section de maternelle. Voilà, donc c’est intéressant parce que je vois un peu les systèmes qui sont très différents. Les Kindergarten, c’est comme les centres aérés ou les accueils de loisirs toute l’année, on va dire.
Alors que là, c’est bien séparé entre l’école, la garderie, les centres de loisirs. Je trouve que c’est bien qu’il y ait une maîtresse qui lui dise qu’il faut s’asseoir quand il faut s’asseoir, de faire les activités qu’il faut faire en temps voulu. C’est bien aussi le principe en Allemagne, le principe ouvert où les enfants choisissent ce qu’ils veulent faire, quand est-ce qu’ils veulent faire, mais pas tout le temps.
Voilà, c’est mon avis. Parce que Brian, si on lui demande est-ce que tu veux aller dehors ou est-ce que tu veux dessiner, il va toujours répondre qu’il veut aller dehors. Donc les dessins, ce ne va pas être trop ça. Et donc, il manquera quelque chose, alors que là, à l’école, les activités sont assez diversifiées.
Je pense qu’il voit plus de choses parce que ce n’est pas parce qu’il ne choisit pas cette activité qu’il n’aime pas la faire. C’est juste qu’il faut l’accompagner pour découvrir de nouvelles choses. C’est ça que je trouve bien et c’est ça aussi qu’il a l’opportunité d’apprendre ici.
Je dis que c’est un peu comme un Erasmus, mais sans la bourse. À un très jeune âge. Voilà. Et moi j’ai la possibilité de l’accompagner et de travailler sur place à la maison. Et ce qui est bien, c’est qu’il est avec sa cousine, donc il connaît déjà au moins un enfant.
Sinon, le système en français, ce que j’ai remarqué depuis quelques jours et ce que j’aime bien, c’est que c’est super bien structuré. Ils font attention à plein d’autres choses par rapport en Allemagne : le lavage de mains, la politesse, c’est vachement plus axé là-dessus, je trouve. Et je pense que c’est quelque chose qui intéresserait pas mal de parents, justement.
Comment ça s’est passé, le fait que tu puisses aller quelques mois en France, que ton fils puisse aller à la maternelle? Est-ce que tu as dû faire des démarches particulières? Pour le Kindergarten, je suppose que tu as mis juste ça en pause, c’est pas un problème. Mais en France, les enfants sont obligés d’aller à l’école à partir de trois ans. C’est le système académique. Comment ça s’est passé pour toi?
D’abord, j’ai commencé par contacter l’école pour savoir si c’était possible. J’ai fait ça au mois de juin, avant la rentrée scolaire de septembre. On m’a demandé s’il devait compter Brian dans les effectifs. Donc c’était oui.
En fait, il est inscrit pour toute l’année scolaire, mais on vient qu’à certaines dates. Après, il faut vraiment le vouloir ici quand même, parce qu’il faut faire l’inscription à la cantine, à la garderie, au centre de loisirs, à l’école, c’est tout séparé.
Donc, voilà. Et puis, le problème que j’avais aussi, c’est que moi, je n’ai pas la CAF, puisque je suis en Allemagne. Donc, ils ne savaient pas trop dans quelle catégorie me placer en France. Mais bon, en envoyant mon dernier avis d’imposition, ils ont su où me mettre. Ça a pris, ça a pris quand même un certain temps.
Ils voulaient les assurances aussi, enfin plein de papiers. Mais bon, il faut juste demander, en fait. C’est vrai que c’est facile. Enfin, il y a toutes les formalités, évidemment, mais bon, je pense que c’est tous les pays qui aiment bien les formalités.
Puis c’est une chance extraordinaire, en effet, si on a cette possibilité pour l’enfant d’être vraiment plongé dans le système français et francophone au niveau de la langue, en fait, puis de développer leurs compétences. Il n’y a rien de mieux, je pense, que ça par rapport à être dans le pays étranger et d’entendre le français qu’une partie du temps.
Ah bah oui, c’est sûr, c’est le but recherché aussi pour qu’il apprenne beaucoup de vocabulaire aussi parce qu’il parle très bien français, mais on voit par rapport à des enfants du même âge ici, qui ne parlent qu’une langue, qu’il lui manque du vocabulaires. Mais ça, il va le rattraper, je ne me fais pas de soucis. Il se fait comprendre et il comprend tout et s’il ne comprend pas, il va demander.
À Leipzig, comment est vu le bilinguisme, on vient d’avoir les élections en Allemagne, c’est souvent aux infos, l’Est allemand est très extrême droite. Alors est-ce que c’est bien vu d’être bilingue, notamment pour les Français ?
Je pense depuis les années que je suis là, c’est qu’en général, c’est très bien vu. Les parents qui mettent leurs enfants à l’école maternelle, ils sont très ouverts, ça les intéresse, donc là, il n’y a aucun souci. C’est justement aussi pour ça que je voulais qu’il aille dans une école comme ça, pour être avec des enfants qui apprennent deux langues, même si tout le monde n’apprend pas deux langues au même niveau, mais qu’ils soient assez ouverts.
Ce que j’ai pu constater, c’est peut-être une histoire de RDA, je ne sais pas, mais c’est qu’il y a quand même des gens qui ne sont pas habitués à entendre une langue qu’ils ne comprennent pas et ça peut les gêner. Moi, j’ai toujours voulu que mes enfants apprennent deux langues, c’était mon rêve. Donc je l’ai réalisé, mais je n’aurais jamais pensé que ça pouvait être aussi un problème.
Il y a des gens, en fait, ça les dérange si on parle à côté d’eux dans une autre langue et qu’ils ne comprennent pas. Même si on lui dit, va mettre ta veste ou on va changer la couche, des trucs banals. Ça peut quand même déranger. Alors ça dépend qui sait que ça dérange, mais ça peut être aussi dans la famille et là, c’est plus embêtant, surtout avec des personnes qu’on côtoie souvent.
Après, moi, je suis toujours restée sur mon idée d’une personne, une langue. Donc, pour moi, c’est très important de lui parler en français et peu importe ce que les gens pensent, je continuerai à parler en français. Après, ça ne m’empêche pas de traduire ce que je viens de dire ou de traduire une partie. Même la nounou, avant me demandait si je pouvais peut-être plus lui parler en allemand. J’ai dis non, non, c’est que en français, il y a suffisamment de personnes en Allemagne qui parlent allemand, moi, je parle français, je suis la seule et je tiens à garder ça.
Oui, puis en plus, en Allemagne, de toute façon, il apprendra l’allemand. C’est vrai qu’on entend souvent qu’il ne faut parler que l’allemand, parce que sinon, c’est trop pour eux ou c’est mal vu de parler une autre langue. Mais en effet, comme tu le fais, il faut vraiment tenir bon et ne pas baisser les bras, ne pas abandonner pour faire plaisir aux autres, en fait, parce que ce qui compte, c’est l’éducation de son enfant.
Voilà, et puis pour moi, c’est aussi une question d’identité et d’authenticité aussi parce que quand je parle en français, je parle différemment que quand je parle en allemand, j’appuie sur le mot. C’est pas que les mots, c’est les idées, c’est la culture, c’est tout, c’est pas juste une langue.
Et donc, le fait de devoir réfléchir avant de lui parler (ndlr : en allemand), pour moi, c’est plus compliqué et ça ne fait pas naturel après.
À Leipzig, qu’est-ce qui se fait pour soutenir les petits francophones bilingues ? Tu nous a dit, il y a cette école où ton enfant va, est-ce qu’il y a d’autres structures, associations, groupes qui se font pour permettre à ses enfants d’avoir un contact avec le français, avec la culture francophone ?
Ce que je fais avec Brian depuis à peu près un an, c’est que toutes les semaines, il assiste à un cours de français pour les enfants bilingues pour les 3-4 ans. Il y a un cours pour les enfants allemands et un cours pour les enfants bilingues.
Là, il a la possibilité d’être avec des enfants comme lui qui sont bilingues, et ça lui permet aussi d’avoir un peu quelque chose de similaire par rapport à l’école maternelle en France.
Donc, c’est trois quarts d’heure où il est obligé d’écouter la maîtresse. Enfin, voilà, moi, je trouve que c’est quand même important parce que les Allemands qui vont jusqu’au CP, à l’école de loisirs et qui ne sont pas finalement habitués et préparés, enfin, s’il y a la Vorschule, mais ils sont moins préparés à rentrer à l’école.
On ne peut pas attendre des enfants qui, d’un jour au lendemain, ils soient assis pendant cinq heures.
Et donc ce cours, c’est à l’Institut français, c’est ça ?
Voilà, c’est à l’Institut français de Leipzig, le jeudi après-midi. L‘Institut français organise aussi l’heure du compte, à peu près une fois par mois. Ça, c’est pour les petits, et après, ils ont des tandems, ils font plusieurs activités.
Il y a la médiathèque aussi. À chaque fois qu’on va à l’Institut français, on prend des livres ou des DVD, des CD. On peut lire sur place. Voilà, donc j’essaye de maintenir le contact régulier avec ma famille en France, que ce soit par appel vidéo ou alors l’accueil de jeunes pour avoir des Français sur place.
C’est comme les correspondants, ils ont 16-17 ans, c’est de très bon baby-sitter aussi. Et puis après, aussi, organiser régulièrement avec d’autres parents de l’école, surtout des activités en dehors de l’école, pour les rencontrer en dehors de l’école avec les enfants, ou faire des trucs, par exemple une après-midi-crêpes. En janvier on a ramené des galettes en décembre.
Après cette école Kindergarten, est-ce qu’il y a d’autres écoles franco-allemandes qui ont un français renforcé pour continuer ce soutien du français ?
À Leipzig, il y a le Campus France, et donc il y a l’école maternelle, ensuite il y a l’école primaire, la Realschule et le Gymnasium aussi, où il y a des classes spéciales pour le français. C‘est possible de faire le Abibac aussi au Gymnasium, au lycée.
Est-ce que tu as une ou deux anecdotes à nous partager sur le bilinguisme de ton fils ?
Oui, ça ne fait pas très longtemps qu’il parle, vu qu’il commence. Mais ça lui arrive souvent de mélanger les deux langues. Quand il parle l’allemand, c’est « wir gehen zum Magasin ».
Sinon, il y a eu une situation, par exemple, où j’étais contente qu’on soit en Allemagne et qu’il me parle en français. C’était un petit peu gênant pour moi, pour lui c’était normal, ces questions. C’était en plein dans le marché de Noël, il y avait une dame en fauteuil au roulant qui n’avait plus de jambes, malheureusement.
Et il n’avait jamais vu ça. Il m’a demandé pourquoi elle n’a pas de jambes. Il était vraiment juste à côté d’elle et il n’arrêtait pas de la fixer. Et donc, je lui ai expliqué, mais je l’ai expliqué en français. Bon, peut-être que la dame parlait français, je ne sais pas. Mais disons que je me sentais plus à l’aise de parler en français, comme ça, plutôt que si ça avait été en allemand.
Sinon, oui, il mélange, il y a des mots. Ce que j’ai remarqué quand il parle français, par exemple, c’est qu’il a tendance à mettre les verbes à la fin, comme en allemand, ça arrive régulièrement.
Il y a plein de mots comme ça où il apprend le français un petit peu à son père en même temps. Ou alors, il fait aussi la distinction entre l’allemand et le français. Maintenant, il nomme les langues. Et justement, quand on avait un correspondant, il parlait à son père en allemand et il lui disait, quand il allait partir, qu’il fallait lui dire au revoir et qu’il fallait lui parler en français parce qu’il ne comprenait pas le garçon.
Merci à Marlène pour son témoignage et bravo pour cette belle expérience! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!
Marlène a eu la gentillesse de m’envoyer un bilan de ses 3 mois passés en France:
Tout s’est très bien passé, Brian s’est parfaitement intégré au système français, il a fait d’énormes progrès en français qui est devenu sa langue principale. Il a acquis beaucoup de vocabulaire dans différents domaines (à l’école et au centre aéré, mais aussi au club de foot). Il a appris à écouter la maîtresse, à participer aux activités en classe même s’il n’en avait pas forcément envie à ce moment-là. Bref, il dit qu’il aime beaucoup l’école en France avec sa cousine, ce ne sont que ses copains du Kindergarten qui lui manquent un peu. Comme moi, il est content de rentrer, mais il aimerait bien renouveler l’expérience. À voir, peut-être dans 2 ans juste avant qu’il n’entre à l’école primaire.


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