#13 Marie, se faire aider par des professionnels pour le maintien du français

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Marie, une maman française qui vit en Australie avec sa famille. Bonjour Marie ! Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Bonjour! Oui, bien sûr ! Donc, je suis Marie, j’ai 38 ans, j’habite à Sydney en Australie depuis 11 ans et j’ai deux enfants, un garçon de 5 ans et une petite fille qui a presque 2 ans. Mon mari est australien.

Comment se passe la transmission du français au quotidien avec tes enfants ?

Ça peut être difficile parfois.

J’ai quand même beaucoup de chance parce qu’à Sydney, on a une école française. On a un lycée international qui accueille les enfants de la maternelle au lycée. Donc, Noah vient juste de rentrer en moyenne section à l’école française.

Donc, je vais dire que ça, ça facilite l’apprentissage de la langue française puisque j’ai quelqu’un d’autre, j’ai donc une équipe éducative qui l’aide à parler français. Mais pour être honnête, avant cela, c’était quand même assez difficile parce qu’à la maison, on ne parle qu’anglais. Mon mari ne parle pas français.

Et pour être honnête, après 11 ans en Australie, moi, la première langue qui me vient, c’est l’anglais, c’est pas le français. Donc, ça a été et ça l’est toujours parce que les maîtresses me le disent. Elles me disent qu’il faut que vous parlez français, que vous forcez à lui parler français.

Mais à chaque fois, moi, ce qui me vient en premier, c’est l’anglais. Et la même chose pour ma fille. Je pense que ma fille, elle a probablement eu encore moins de français que mon fils.

Mon fils, je me forçais un peu quand même à lui dire quelques mots ici et là. Mais alors, ma fille, je ne fais pas trop d’efforts. Oui, ça, c’est compliqué.

Mais je trouve que c’est très intéressant ce que tu dis de devoir se forcer à parler français parce que ce que beaucoup, je l’ai encore lu il n’y a pas longtemps, c’est qu’on dit qu’il suffit de parler aux enfants. Mais en fait, quand on vit à l’étranger depuis, comme toi, 10 ans, 20 ans, 30 ans, plus, on est tellement imprégné de cette deuxième langue que des fois, refaire venir le français en premier plan, c’est en effet pas forcément évident, surtout avec des enfants où on sait qu’il faut faire attention à la langue.

Oui, absolument.

Alors, ce que j’essaie de faire, c’est je vais me rendre compte tout de suite que j’ai parlé anglais en premier. Donc, je vais essayer de refaire la phrase, mais en français. Malheureusement, je vais toujours lui parler anglais en premier, mais je vais essayer d’avoir une autre phrase après, la même phrase, en français pour le répéter en français.

Alors, ça ne marche pas toujours. Puis, généralement, voilà, l’éducation, ce n’est pas non plus facile tous les jours avec les enfants qui peuvent nous pousser à bout. Et quand moi, je suis à bout, ce qui me vient en premier, c’est l’anglais.

Donc, oui, c’est un ajustement. Et je pense que c’est aussi, j’essaie de me rappeler souvent, je dis, Marie, tu n’as pas assez parlé français aujourd’hui. Parle-lui, lis-lui un livre en français.

Voilà, fais quelque chose qui va le rapprocher du français un peu plus aujourd’hui.

Quelle tactique tu as mis au quotidien, donc de manière générale pour parler français et justement, comme tu dis, pour te forcer à parler français?

Oui, alors, les livres français, c’est ma survie.

Moi, c’est vraiment, ça m’aide beaucoup. Donc, on a quand même pas mal de livres français. Ma mère m’envoie beaucoup de livres pour enfants français aussi.

Après, on peut en trouver aussi ici en Australie. Mais dès son plus jeune âge, il avait quand même pas mal de livres en français, ce qui a beaucoup aidé parce que, par exemple, Noah, il était passionné par les camions ou les voitures. Donc, j’avais des livres sur les camions et les voitures et il pouvait comprendre les mots et les répéter.

Donc, je pense que les livres en français, c’est vraiment ce qui m’aide beaucoup. Et j’essaye, j’essaye, mais ça, c’est pas facile. J’essaye de temps en temps de lui mettre des dessins animés en français.

Voilà. Ça marche bien quand on est en France, quand on rentre pendant les vacances. Ça marche beaucoup moins bien quand on est en Australie.

Et tu dis, il y a des possibilités de trouver des livres en Australie. Est-ce que tu peux nous dire comment?

Alors, bon, on a quand même, avec l’école française, ils ont accès à une bibliothèque. Mais il y a aussi, alors je ne me rappelle plus, je ne me rappelle plus comment ça s’appelle, mais il y a une espèce de librairie en ligne pour, avec seulement des livres en français pour enfants et adolescents. Je crois que ça va jusqu’à 15 ans, quelque chose comme ça.

Et en fait, on peut acheter et ils livrent partout dans le monde. Enfin, il me semblait qu’ils livraient plus ou moins partout dans le monde, ces livres-là. Alors oui, c’est pas donné.

C’est quand même un coût. Je crois que c’est deux fois le prix d’un livre qu’on verrait en France facilement, plus les frais de port. Oui, c’est pas donné, mais il y a quand même un gros catalogue et ça peut aider. Ça s’appelle ma petite librairie.

Comment est vu le bilinguisme dans ta région ? Est-ce que c’est bien vu ? Est-ce que c’est mal vu ?

C’est bien vu parce qu’il y a beaucoup d’immigrants et d’immigrés.

Et en fait, il y a toujours eu des vagues d’immigration en Australie depuis les années 60. Donc, ils ont eu des grosses vagues de migration venant de la Grèce, des grosses vagues de migration venant du Brésil, des grosses vagues de migration venant de beaucoup de pays d’Europe. Ce qui veut dire que la majorité des gens qui vivent dans les grandes villes en Australie sont issus d’une famille qui a immigré en Australie.

Ça peut être… Comme j’ai dit, ça peut être grec, ça peut être italien, ça peut être croate. Il y a vraiment… On est quand même assez chanceux ici à Sydney et à Melbourne aussi. Il y a quand même beaucoup, beaucoup d’enfants d’immigrés, ce qui fait que la majorité d’entre eux parlent une deuxième langue.

Certains, non, mais ont entendu la deuxième langue pendant toute leur enfance à la maison et donc sont assez ouverts quant à une seconde langue, oui. C’est bien, ça. Oui, c’est super.

Je crois que c’est… Moi, je me rappelle quand je suis arrivée, c’est quelque chose qui m’a marquée, qui m’a marquée de me rendre compte qu’en fait, il y avait des gens qui venaient de partout dans le monde et qui restaient. Ce n’était pas seulement le Walking Holiday Visa, le Visa Vacances-Travail. Il y avait des gens qui étaient là depuis deux, trois générations et j’ai trouvé ça génial.

Donc, je pense que c’est bien vu. Les gens dans les grandes villes ont l’habitude d’entendre un accent aussi ou de comprendre qu’on vient d’un autre pays et je trouve ça quand même super. C’est quand même plus agréable à vivre, oui.

Oui, c’est ça qui est ouvert à tous les sujets pour les enfants en plus. Ils grandissent dans ce milieu et pour eux, c’est tout à fait normal de parler plusieurs langues et de venir de différentes régions du monde.

Tu nous as dit qu’il y a un lycée français qui accueille les enfants de la maternelle jusqu’au bac. Est-ce qu’à Sydney, il y a d’autres actions qui sont mises en place pour les enfants francophones ?

Il y a une ou deux crèches, si ce n’est pas trois maintenant, qui sont tenues par des Françaises. Et en fait, dans les crèches, ils parlent seulement français.

Ou alors 80 % du temps, ils vont parler français et 20 % du temps anglais. Et ces crèches font fureur parce qu’évidemment, les Australiens, voilà, aimeraient beaucoup avoir leurs enfants qui parlent français. Donc, ça s’est développé.

Je trouve que ça s’est bien développé les cinq dernières années. Ça devait être un peu plus calme quand je suis arrivée. Mais parce qu’il y a une grosse communauté française à Sydney, je pense que beaucoup de personnes se sont rendues compte qu’il y avait quelque chose à faire.

Et donc, il y a pas mal de crèches qui sont en français et tenues par des Françaises. Il y a aussi une autre école qui est de l’autre côté de Sydney qui n’est pas à EFE comme le lycée Condorcet à Sydney, mais qui propose, je crois, des cursus en français aussi.

Il y a aussi l’Alliance française, bien évidemment.

Je pense que les gens ont plutôt tendance à essayer de mettre leurs enfants dans une crèche qui parle français ou à l’école française ensuite. Et d’ailleurs, au lycée Condorcet, je crois que 60 % des enfants sont issus d’une famille franco-française ou franco-australienne ou franco-une autre nationalité. Et 40 % sont d’origine australienne.

Dans la classe de Noah, sur une classe de 25, ça doit être vraiment la moitié issus d’une famille avec au moins un parent français et l’autre moitié sont issus d’une famille qui ne parle pas français du tout. Ils nous aiment bien, les Australiens.

Il faut dire que… C’est super de donner l’avantage à leurs enfants, cet avantage de parler une autre langue et surtout le français. Je pense que pour beaucoup d’Australiens ici, le français est quand même bien vu et valorisé. Et ça peut toujours apporter quelque chose aux enfants quand ils grandiront plus tard.

Donc oui, et c’est pour ça que je dis, pour répondre à ta question avant, oui, le bilinguisme est bien venu ici puisque les gens, même les Australiens, 100% Australiens si je puis dire, même si ça n’existe pas, vont quand même essayer d’éduquer leurs enfants ou de donner une autre langue à leurs enfants.

Est-ce que tu aurais des conseils pour les parents comme toi qui sont français ou francophones, qui vivent à l’étranger et donc qui veulent transmettre la langue à leurs enfants ?

Oui, alors si vous êtes une maman comme moi et vous pensez au papa, et moi je pense que c’est ce que j’ai fait, j’avais peur d’exclure le papa en parlant français, n’ayez pas peur. Parce que voilà, le conjoint ou la conjointe aura toujours la langue du pays, comme l’enfant. Donc ça, ça partira jamais, c’est leur langue, c’est leur langue natale pour mon fils et ma fille.

Je pense que mon conseil, ça serait de parler français dès le début, dès qu’ils sont nés. De tout de suite prendre l’habitude de parler français dès que les enfants sont là. Je pense que ça simplifiera le problème par la suite.

Moi j’ai attendu avant que Noah soit capable de comprendre ou de parler pour lui parler français et je l’ai regretté parce que j’ai dû créer un nouveau, une nouvelle routine qui fonctionnait pas forcément parce qu’on l’a pris mi-chemin. Si je m’étais forcée à lui parler français dès le début, dès qu’il était un bébé, je pense que ça aurait été un peu plus simple. Il parle comment d’ailleurs français maintenant ton fils ? Alors il le parle bien, je pense que l’école a beaucoup beaucoup aidé.

Il le parle avec un accent bien évidemment mais je pense que l’accent, il va le perdre éventuellement. Donc il le parle avec un accent. La grammaire est pas fantastique mais bon en même temps il est en grande section.

Je me dis que c’est pas très grave. Mais ça a été un choc pour lui quand il est arrivé en moyenne section quand même. Surtout qu’ici en Australie, ils ont pas la maternelle comme nous.

Ils commencent l’école entre 5 et 6 ans. Donc ils commencent l’école primaire entre 5 et 6 ans. Ils ont que la crèche avant ça.

Et ce qu’ils font à la crèche, c’est vraiment basique, basique. Les enfants australiens, ils commencent vraiment la pédagogie et l’éducation quand ils rentrent en CP. C’est Year 1 ici.

Mais avant ça, il se passe pas grand-chose. Et ça peut être parfois un gros choc pour un enfant qui a été dans une crèche australienne où il a jamais appris à tenir son stylo à 4 ans, où il a pratiquement jamais rien fait. Il s’est retrouvé en moyenne section et ça a été un gros choc.

Et la maîtresse me l’a dit d’ailleurs. Elle m’a dit là on a du boulot. Il va falloir bosser.

Et bon, il a fallu un an. Il est en grande section. Ça se passe très bien maintenant.

Il dessine très bien. Je me rappelle quand il a commencé, il arrivait même pas à faire un petit bonhomme en dessin. Il pouvait pas le faire.

Donc il y a quand même cette différence entre l’enseignement australien avant la primaire et notre enseignement. Et je pense qu’on a vraiment beaucoup de chance de commencer l’école plus tôt. Alors oui, parfois c’est pas facile.

Mais les Australiens sont très choqués de savoir qu’on commence l’école à 3 ans. C’est quelque chose qu’ils ont vraiment du mal à comprendre. Mais pour revenir là-dessus, oui, Noah va beaucoup mieux.

Ça a été compliqué. Mais en un an, il a fait des progrès considérables. Et une fois encore, je pense qu’on est très chanceux d’avoir l’école française.

Je pense que son français aurait été beaucoup plus difficile. Ça aurait été beaucoup plus compliqué pour lui à l’apprendre. Et pour moi, s’il n’y avait pas eu l’école, parce qu’évidemment, c’est mon enfant, j’ai pas de patience, et j’ai pas commencé plus tôt.

J’ai commencé quand il avait 2 ans à dire des mots ici et là. Je me suis pas beaucoup forcée. Par contre, s’il y a quelque chose qui fonctionne bien, c’est quand on rentre, on va voir la famille ou les amis.

Et évidemment, il s’est fait des copains qui sont français, qui ne parlent que français. Et ce qu’on essaye de faire tout au long de l’année, c’est qu’on se fait des vidéos entre les enfants. Donc, les enfants s’envoient des vidéos.

Évidemment, il faut que ce soit en français puisque c’est la langue qui prime. Et du coup, c’est pas mal parce que ça fait travailler Noah. Et ça lui plaît aussi.

Donc, il aime communiquer avec ses copains et il veut communiquer avec ses copains en français. Donc ça, ça pourrait être aussi un conseil si vous avez des enfants plus ou moins du même âge et avec qui ils s’entendent bien quand vous rentrez en France, essayez de garder ce contact, d’envoyer des vidéos toutes les deux, trois semaines. Et ça les fait parler.

Et Noah, à chaque fois, il a hâte d’envoyer la nouvelle vidéo ou d’écouter ou de voir la vidéo de son copain.

Est-ce que tu as eu une ou plusieurs anecdotes sur ce bilinguisme ?

Oui. Alors, ce qui est assez marrant dans les deux sens, dans les deux sens, donc mon fils, maintenant, me reprend quand je parle anglais puisqu’évidemment, il parle mieux anglais que moi, sans accent du tout.

Donc ça, c’est assez phénoménal quand il me dit « Non, c’est pas comme ça qu’on dit maman. » Voilà. Donc dans cinq ans, prends ça dans tes dents.

Et après, il y a plein de mots en français qui ne disent pas correctement, qui peuvent être parfois aussi marrants. Des fois, il me faut une minute avant de comprendre ce qu’il a dit. Ce qui l’ennuie au possible.

Mais en fait, c’est ça qui est super mignon, c’est qu’il va me reprendre en anglais et puis il peut aussi me reprendre en français. Ou alors, quand je dis des gros mots en français, il va me dire « Faut pas dire ça maman. On parle pas comme ça maman.

» Voilà. Donc ça me fait plaisir parce qu’il comprend aussi, voilà, aussi bien le français que l’anglais. Et voilà.

Et je suis très contente pour lui qu’il puisse comprendre et parler ces deux langues.

Merci à Marie pour son témoignage! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!
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