#9 Claire, s’intégrer activement dans son nouveau pays
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Claire, maman française qui nous vient de Ténérife où elle vit avec son mari et ses deux enfants. Bonjour Claire ! Est-ce que tu peux présenter?
Bonjour ! Je m’appelle Claire, je suis française, je viens du nord de la France, à côté de Lille.
L’histoire du bilinguisme a commencé en 2010, l’année où j’ai rencontré mon mari. Il est espagnol de Ténérife mais on s’est rencontrés en Irlande.
Après mes études de psychomotricité, je suis psychomotricienne de formation, avant de me mettre dans la vie active, j’ai voulu partir et j’ai trouvé une association qui se trouvait en Irlande. Donc, je suis partie un an pour vivre une aventure. Et un soir dans un pub irlandais, j’ai rencontré un charmant garçon espagnol.
Et finalement, on ne s’est plus quittés. Enfin, si, un petit peu puisque j’ai dû retourner en France et puis, l’amour étant plus fort, je suis revenue en Irlande. Et puis, on a décidé de repartir ensuite à Ténérife, puis ensuite de passer sept ans en France.
Là, on a travaillé, on a mis de côté et on a fait deux beaux enfants qui sont donc nés en France. Un garçon qui a aujourd’hui sept ans et une fille qui a maintenant quatre ans.
Et puis, il y a eu le Covid et mon mari travaillant dans l’hôtellerie, il a eu un licenciement économique et, et là, on s’est dit, c’est le moment de partir. Donc, on est arrivé à Ténérife en septembre 2021. Mon garçon avait quatre ans et ma fille avait un an.
Et voilà, on s’est installés là. On a pu mettre les enfants à l’école et puis, petit à petit, construire notre vie.
Ça fait trois ans et demi qu’on est ici. Et depuis deux ans et demi, je me suis lancée dans un projet professionnel de faire découvrir et d’enseigner le français aux adultes, aux adolescents, mais surtout aux enfants. Je propose des ateliers de français pour les plus jeunes ici à Ténérife.
Ce sont donc des ateliers de FLE, donc Français Langue Étrangère, c’est ça ? Ou est-ce que c’est aussi pour les francophones ?
Alors, ça peut être aussi des familles expatriées. Après, à voir si je ne divise pas un petit peu. Mais actuellement, je propose à tous ceux qui ont envie, soit de découvrir, d’apprendre, qui partent de rien, soit des familles qui ont quand même une base.
J’ai notamment des familles qui ont une grand-mère française, une tante française, une histoire avec le français ou juste un amour pour la langue française. Et puis aussi, quelques familles d’expatriés qui commencent à venir. Donc, à voir si, par la suite, je ne propose pas quelque chose un peu différent pour ces familles-là.
Tout d’abord ton fils, il a vraiment appris le français en France. Puis, vous êtes partie à Ténérife. Donc, est-ce qu’il arrive à garder le français ou est-ce que tu vois que ce changement influence son apprentissage du français ?
C’est vrai que mon fils, il avait quatre ans quand on est venu ici. Donc, il avait déjà fait un an d’école en France. Et évidemment, on était en France, donc entourage français. Finalement, il n’y avait que le papa qui parlait en espagnol.
Et encore, lui, pas toujours, un peu moins. Il parlait beaucoup en espagnol, mais aussi en français parce que mon mari parle très bien français.
Quand on est arrivé à Ténérife, mon fils comprenait l’espagnol, mais il ne parlait que français. Et puis, en deux semaines de temps, il s’est mis à parler espagnol. Parce qu’il était à l’école, parce que la famille était espagnole, parce que tout l’entourage était espagnol. Et petit à petit, quasiment, il ne me parlait plus en français. Mais il le connaît.
Si je vais en France et qu’on voit la famille française, il va se mettre à parler français. Avec quelques petites erreurs, mais dans l’ensemble, il se débrouille très bien et il comprend tout. La compréhension, ça, il n’y a pas de souci.
Et pour ma fille, c’est un petit peu différent parce qu’effectivement, elle avait un an quand on est arrivés ici à Ténérife, elle ne parlait pas encore. Finalement, ses premiers mots ont été l’espagnol.
Mais je continue toujours à parler en français à mes enfants, donc elle comprend tout le français. Elle dit quelques mots, mais dans l’ensemble, effectivement, sa première langue, c’est l’espagnol.
Est-ce que tu vois une différence au niveau de tes deux enfants ? Ton fils qui a grandi en partie en France, donc qui a vraiment été en immersion, et ta fille qui n’a pas été en immersion à part avec toi, avec ta famille, éventuellement les amis quand ils viennent.
Effectivement, il y a une différence. Mon fils est capable de faire plus de phrases qui sont grammaticalement correctes. Ma fille, elle essaye de temps en temps quand elle est motivée, mais c’est plus des petits mots par-ci, par-là. Et ce qui va changer beaucoup, c’est quand on va en France ou quand la famille vient ici. Mon fils se met tout de suite à parler français et ma fille, c’est quand même plus difficile.
Elle n’ose pas, elle dit qu’elle a peur, qu’elle n’y arrive pas, alors qu’elle pourrait, mais voilà, il faut qu’elle se lance. Souvent, il va plutôt vouloir lire en espagnol. Quand je le vois intéressé par un livre en français, on essaie de lire ensemble. Ma fille, elle ne lit pas encore, mais j’espère pouvoir bientôt lui faire découvrir aussi la lecture.
Et alors toi, qu’est-ce que tu mets en place au quotidien, à part leur parler ? Qu’est-ce que tu mets en place pour qu’ils puissent justement apprendre le français, garder ce lien avec le français ?
Alors effectivement, moi, je ne leur parle qu’en français. Après, ça m’arrive, si on est en compagnie d’Espagnol, de parler en espagnol pour que les gens comprennent quand même.
Quand je fais de la lecture de livres, je ne lis que en français. Des fois, ils me demandent des livres en espagnol. Ça, c’est papa. Moi, en français. Chacun son domaine.
Et tout doucement, mon fils, il se met à vouloir lire en français. Maintenant, il sait très bien lire en espagnol et il m’a surpris parce que je l’ai vu lire des mots en français qui ne sont pas forcément faciles. En français, on a ces combinations de lettres qu’on n’a pas en espagnol où on lit chaque lettre. En français, comment tu vas savoir que E-A-U, ça fait O ?
Et finalement, il y arrive assez bien parce que je pense qu’il a entendu ces mots et qu’il se doute que c’est comme ça qu’on doit les lire. Après, il faut le motiver.
Au quotidien, à l’école notamment ou dans la famille, à Ténérife de manière générale, comment est-ce que c’est vu le bilinguisme chez les enfants ?
PC’est plutôt bien vu. En plus, on n’est pas les seuls. Je sais que dans la classe de ma fille, il y a une maman qui est anglaise, le papa qui est autrichien. Il y a une maman qui vient de Mallorca. Et à Mallorca, il y a une langue particulière aussi. Ce n’est pas de l’espagnol. On n’est pas les seuls.
Ils savent que je suis la maman française. Les gens ici sont adorables.
C’est même bien vu. Et puis, ils ne sont pas du tout à faire des remarques. Après, c’est une île où il y a beaucoup de tourisme. Moi, je suis dans une zone un peu moins touristique. Mais les gens sont habitués. Ils sont vraiment adorables. Ils savent que je suis la française du coin.
Est-ce qu’il y a pour les familles francophones sur place des actions qui sont mises en place pour que les enfants puissent garder un lien avec le français et avec la culture française, francophone ? Par exemple, des écoles ou des actions privées, des associations, etc.
Il y a un lycée français. Enfin, c’est depuis la maternelle et toutes les classes. Mais je crois savoir que le pourcentage de familles françaises est de 20-30 %. C’est plutôt des gens d’ici qui ont envie que leurs enfants aient une scolarité française.
Après, il y a une association dont je suis maintenant partenaire qui s’appelle Ténérife Accueil, qui propose des activités pour tous, adultes, adolescents, et maintenant, avec moi, enfants. Mais pareil, on ne se spécifie pas juste aux familles expatriées. Ça peut être pour tout le monde, ceux qui ont envie de découvrir le français.
Est-ce que tu as des conseils pour les familles qui s’expatrient avec des enfants qui, comme ton fils, sont nés en France et s’expatrient, pour qu’ils puissent s’intégrer, apprendre la langue? Toi, ils connaissaient l’espagnol de la maison, mais est-ce que ça s’est bien passé ? Qu’est-ce que tu conseillerais à ces parents qui s’en vont ?
L’école c’est déjà un bon moyen de se plonger dans la langue avec les amis, de faire connaissance avec les familles de l’école, et puis d’essayer, peut-être, de lire des livres, si on regarde la télé un petit peu, de mettre les dessins animés dans cette langue.
Après, peut-être de se renseigner s’il y a des associations pour des expatriés, et d’essayer d’aller dans des groupes où il y a des personnes qui sont dans le même cas. Et puis participer à des activités qui peuvent permettre d’apprivoiser cette langue. Et d’en parler au quotidien. Après, si nous-mêmes, on ne maîtrise pas très bien cette langue, je ne pense pas que ce soit un problème. On peut apprendre ensemble. Mes enfants me corrigent en espagnol. C’est très drôle.
Ils disent, mais maman, tu ne sais pas dire l’accent, ou je me trompe, ou, par exemple, le R, je ne le roule pas comme il faut. Il y a quelques mots qui sont compliqués, des structures de phrases. C’est très drôle. Mon fils aime bien me corriger, se moquer un petit peu de sa maman.
Pour finir, est-ce que tu as des anecdotes du bilinguisme de tes enfants, qu’ils ont pu dire, qu’ils ont pu faire ?
On va commencer par une anecdote avec mon fils. Je lui disais pepino, c’est concombre. Et lui, il a tendance à se tromper et dire pépin, pour concombre. Il dit « J’ai envie de pépin ».
Et une autre anecdote avec ma fille. On parlait des animaux et par exemple, abeille, on dit abera. Et donc, elle voit le mot obéra. Elle me dit « C’est quoi, obera ? » Ça veut dire mouton, obéra. Et elle dit mais non, non, c’est pas mouton, c’est obeille. Puisque comme abeille, c’est abera, du coup, pour elle, c’était obeille. C’était logique, finalement.
Et une dernière anecdote, c’est sur la structure des phrases, qui est un petit peu différente. Une fois, elle avait fait une phrase en espagnol, mais avec une structure grammaticale française. Elle dit, par exemple, no quiero mas comer, qui est je ne veux plus manger. Et en espagnol, on dit no quiero comer mas. On met le mas à la fin. Et donc, là, elle s’était trompée sur la structure grammaticale. Ce qui m’avait fait sourire, je me suis dit, ah, quand même, elle sait le français.
Merci à Claire pour son témoignage chaleureux! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!


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