#14 Coralie, apprendre une langue, c’est aussi apprendre la culture
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Coralie qui habite en Espagne. Elle est maman de deux enfants multilingues.
Bonjour Coralie. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?
Bonjour Audrey. Merci de m’accueillir. Donc je m’appelle Coralie, j’ai 39 ans, je suis maman de deux filles, une adolescente de 13 ans et demi et une petite de 5 ans et demi. Mon aînée est née à Rome, en Italie, tandis que la petite dernière, elle est née à Grenade, en Andalousie, où nous vivons.
Donc, moi j’ai rencontré mon mari, qui est britannique, à Rome. Voilà, donc nous parlons entre nous l’italien, je parle en français à nos filles et lui, il parle en anglais à nos filles. Et dans la vie quotidienne, elle parle espagnol, elle s’expose à l’espagnol puisqu’elles fréquentent toutes les deux une école espagnole.
Et ta fille qui est née en Italie, est-ce qu’elle continue de parler italien ?
Oui, oui, oui, elle continue de parler italien. Tout simplement parce que, alors déjà, on parle italien entre nous. Deuxièmement, nous écoutons des programmes en italien, nous regardons la télévision en italien.
Donc là, c’est vrai que c’est une approche plus passive. Mais aussi, nous avons maintenu beaucoup de rapports avec des Italiens. Nous fréquentons des Italiens à Grenade, ce qui lui permet de parler italien au quotidien.
Pas aussi souvent que l’anglais, que le français et l’espagnol, mais oui, oui, elle le parle, étant donné qu’en plus ça a été sa première langue. Puisque ses premiers mots étaient en italien.
Alors justement, comment est-ce que vous gérez au quotidien la transmission de ces quatre langues ? Tu nous as dit, l’italien c’est un peu passif, et pour les trois autres langues? Parce qu’il faut de la place pour toutes ces langues.
Oui, c’est ça, voilà, on jongle, c’est ça. Alors voilà, par exemple, on va prendre un repas, le déjeuner, quelque chose d’assez familial, traditionnel. Donc moi, je m’adresse à mes filles en français.
Elles me répondent toutes les deux en français. Leur papa en anglais. Et pareil, elles répondent en anglais.
Donc ensuite, elles prennent la parole. Parfois, c’est bon, on vous le dit en quelle langue ? En français ou en anglais ? Sachant que mon mari et moi, nous comprenons bien évidemment le français et l’anglais. Donc elles s’alternent.
Parfois, la petite, elle dit, ah oui, mais alors ça m’est plus facile de le raconter en anglais. Donc elle va raconter en anglais. Ah oui, mais alors attends, comment ça se dit ? Maman, tu sais en français, tu sais ça que tu m’as dit l’autre jour ? Ça se dit comment en anglais ? Voilà, on est dans ce processus-là.
Tandis que la grande, maintenant, son vocabulaire est beaucoup plus ample. Donc elle, voilà, sans aucun problème. Et parfois, on se met à parler aussi en italien.
La langue que nous ne parlons pas à la maison, par contre, c’est l’espagnol. Nous ne parlons pas espagnol. L’espagnol, on le laisse vraiment à l’extérieur, en dehors des murs.
Parce qu’on ne voulait pas, en fait, on a cette peur de faire entrer l’espagnol à la maison. Ensuite, l’espagnol aurait pris le dessus et ça aurait été plus compliqué pour nous de parler, de transmettre nos autres langues et nos autres cultures. Ensuite, c’est très important, par contre, aussi de développer les cultures.
C’est-à-dire que pour nous, voilà, la langue, c’est aussi la culture. Donc tu vois ce que je te disais tout à l’heure par rapport à l’italien. On va regarder le festival de San Remo.
C’est très, très important pour nous, donc au mois de février. Donc là, c’est vrai que c’est une approche avec la culture italienne où on renforce la langue italienne. Ensuite, l’espagnol.
Donc, oui, même si c’est vrai que nous ne parlons pas espagnol à la maison, cela ne veut pas dire qu’on empêche nos filles de parler espagnol. Donc, par exemple, lorsqu’elle joue, je parle de la petite, elle va répéter ce qu’elle a appris dans la cour de récré. Et donc, on va l’entendre qui est en train d’utiliser l’espagnol.
Et en soi, ce n’est pas un problème. Voilà. Ensuite, par contre, c’est vrai qu’avec nous, on lui dit, non, non, attention, on peut parler, voilà, en français.
Pour ce qui concerne la langue entre elles, elles ont choisi une langue. C’est surtout la petite qui a choisi une langue, c’est l’anglais. C’est-à-dire que 80% de leurs conversations entre elles, c’est en anglais.
Même si je leur demande, quand nous ne sommes que toutes les trois, quand le papa n’est pas là, qu’elles parlent en français. Parce que c’est déjà arrivé qu’on était toutes les trois et que la petite me parlait en français. Et puis ensuite, elle se met à traduire à sa sœur en anglais.
Et donc, la sœur lui dit, non, mais tu sais, moi, je le comprends. Donc, c’est un peu lost in translation. Et c’est vrai que pour la grande, c’est vraiment assimilé.
Moi, je vois vraiment la différence entre la grande qui a presque 14 ans et la petite qui a 5 ans, qui est vraiment encore dans un processus où les langues ne sont pas encore distinctes. Donc, c’est vraiment un mélange. Et là, par contre, j’ai noté ces derniers mois que ça y est, elle comprend que maintenant, nous sommes toutes les trois.
Et de plus en plus, elle se met aussi à parler en français avec sa sœur quand on est toutes les trois. Donc, ça, c’est un fait par rapport à ça, au niveau des langues. Et oui, comme je te disais, en effet, l’espagnol, en dehors, nous le pratiquons.
Donc, à l’école, dans les activités. Aussi, nous fêtons toutes les festivités espagnoles, italiennes, françaises, britanniques. C’est important, en fait, pour la culture.
Elles sont toujours un peu en décalage. Parce que, bon, on sait très bien que c’est en vivant dans un pays, dans une région où, vraiment, on absorbe toute la culture. Mais c’est justement pour éviter, quand elles vont en France, ou en Angleterre, voir la famille, voir les cousins, les cousines, un décalage trop grand, en fait.
Parce qu’on sait très bien que quand on rentre dans les familles, nos familles s’attendent à ce qu’on récupère toute notre culture. On rentre dans le moule, à nouveau, et que voilà, quoi. C’est un peu cette partie-là qu’on doit gérer.
C’est pour ça qu’on transmet les cultures. Donc, par exemple, la fête des mamans, qui se fête dans les quatre pays à quatre dates différentes. Quatre fois, bonne fête, maman.
Quel est le niveau de ces quatre langues ? Est-ce que tu arrives à juger à peu près si elles ont un niveau plus ou moins faible, selon la langue ?
Alors, on va parler pour l’anglais. Et pour le français, en fait, notre aînée, on lui a fait faire déjà tous les examens, en fait, du Cambridge.
Et aussi, enfin, le DELF. Enfin, pas tous. On lui a fait faire passer les niveaux par rapport à son âge.
Donc, là, cette année, elle va passer le niveau C1 en anglais. Et pour le français, là, elle va faire… On hésite entre le B1 et le B2, en fait, pour l’instant. Ça va dépendre un peu au niveau de la charge du travail au collège, parce qu’elle a quand même pas mal de devoirs au collège, donc je n’ai pas non plus envie de la stresser, de lui mettre trop de pression par rapport à ça.
Mais c’est en effet une très bonne élève par rapport aux langues, que ce soit le français et l’anglais. Elle avait évalué, il y a deux ans, sur un projet européen, en fait, une étude qui avait été faite par l’université, la Sorbonne. Et son résultat avait démontré qu’elle avait un niveau d’anglais et de français supérieur à un enfant monolingue en Angleterre et en France.
Pourquoi ? Parce qu’elle lit énormément. Vraiment, depuis qu’elle sait lire, elle lit en toutes les langues. C’est super ! Ça, on a vraiment insisté.
C’est quelque chose qu’on savait que c’était important, appuyer la lecture, aller faciliter l’apprentissage des langues. Parce que justement, c’est le vocabulaire, l’enrichissement d’un vocabulaire. Si tu es dans un seul pays, dans une sphère monolingue, tu vas en effet avoir un vocabulaire plus ampliant.
Mais en permettant à l’étranger, dans une autre situation, dans des situations bilingues ou plurilingues, on sait que la lecture a un rôle majeur. Donc ça, c’est vrai qu’on a vraiment développé cet aspect. C’était vraiment important par rapport à ça.
Après, ça ne veut pas dire que, bien évidemment, il y a des influences des langues. Par exemple, certaines fois, il y a certaines constructions qui sont typiquement anglaises, typiquement espagnoles, que je note. Voilà, je dis, attention, attention ! Bon, après, voilà.
Mais c’est normal, c’est normal. Ça se corrige.
Puisque la base, c’est une base solide. Et à présent, on recommence tout ce processus avec la petite.
Je reviens à quelques années en arrière. Quand vous êtes arrivés en Espagne, tu n’avais que ta grande-fille. Comment s’est passée l’intégration ? Est-ce qu’elle parlait déjà un petit peu espagnol ?
Alors, nous sommes arrivés en Espagne quand elle avait presque deux ans. Et donc, c’était vraiment une étape où c’est important au niveau du langage. Mais aussi, c’est important que les enfants à cet âge-là se comparent beaucoup aux autres.
Ils se copient. Ils font énormément de progrès en copiant les autres enfants au parc, à la crèche, voilà. Et donc, elle est arrivée à Valence.
Avant de nous installer à Grenade, nous avons vécu un an à Valence. Et à cette crèche où elle allait, il n’était pas seulement l’espagnol, le castillan, mais aussi le valencien. Et en fait, ça l’a perturbée.
Parce qu’elle s’est retrouvée déjà dans un autre contexte. C’est-à-dire que là, sa crèche à Rome, c’était vraiment un petit cocon. Alors que là, c’était beaucoup plus structuré.
Moi, je me souviens, j’avais été un peu surprise parce qu’il y avait du matériel. Matériel, fourniture scolaire. J’étais là, OK, bon.
À l’âge de deux ans, ça me semble un petit peu trop. Mais bon, voilà. Donc, c’est arrivé vraiment des livres, des choses.
J’étais là, ah oui. Et ça a été quand même très compliqué. Parce que, comme tu disais, c’est vrai qu’on a tendance à penser l’espagnol, l’italien, c’est pareil.
Mais en fait, non, il y a quand même des différences. Beaucoup de différences. Et aussi, l’approche.
Et ça n’a pas été simple. Donc, cette année, à Valence, elle s’est retrouvée à écouter des personnes qui parlaient en espagnol, en valencien, ou ils lui demandaient de parler. Mais en fait, elles ne répondaient pas.
Tout simplement parce qu’en plus, elle était encore dans cette phase d’apprentissage des langues. Donc, on sait très bien qu’un enfant avec plusieurs langues va parler un peu plus tard, surtout la construction de phrases. Oui, il comprend parce que son cerveau enregistre.
Mais alors, quand il faut expliquer ça aux personnes qui travaillent dans les crèches, c’est souvent compliqué. On ne va pas se mentir. Voilà.
On vous dit, ah non, mais vous devez parler espagnol. Ah, mais ça va être compliqué parce qu’on ne parle pas encore espagnol. Non, mais voilà.
Et donc ensuite, nous avons déménagé à Grenade. Elle a fait son entrée en maternelle. Et là, rebelote la maîtresse.
Non, mais vous devez parler qu’en espagnol. Ah non, mais ça ne va pas être possible. Ce n’est pas possible.
On dit, non, non. Moi, je parle en français. Son papa lui parle en anglais.
C’est important pour nous. Ce sera important pour elle. On sait que ça va être compliqué.
Pas de souci. Quand elle va avoir un déclic, elle va se mettre à parler et ça ne va plus s’arrêter. Et c’est vrai.
C’est ce qui s’est passé. Par contre, voilà. Comme je le disais, c’est vrai qu’il y a ce côté quand même de vouloir être un peu, de se fondre un peu dans le moule, de ressembler un peu à tout le monde.
Et donc, une chose que nous, nous avons fait, qui l’a énormément aidée, c’est que nous l’avons inscrite à un cours de théâtre. Donc, elle a fréquenté pendant trois ans un cours de théâtre espagnol avec d’autres enfants. Et ça lui a vraiment permis de prendre la parole, de s’exprimer de manière plus libre que dans une classe.
Des fois, ce n’est pas toujours possible. Voilà. Surtout qu’en plus, elle était de fin d’année.
Donc, entre les enfants de fin d’année et de début d’année, il y avait aussi une autre différence, une autre complexité. Et aujourd’hui, on ne dirait pas que cet enfant n’est pas né en Espagne. Non.
Même par rapport à ses résultats scolaires, par rapport à la culture, par rapport à tout ça. Donc, voilà. Mais c’est vrai que le début, ça a été pendant deux ans.
Moi, souvent, je dis, « Ah non, mais ce n’est pas de souci, tu verras au bout de trois mois. » Non. Ce n’est pas non plus si évident que ça.
En plus, ça dépend de chaque âge, de chaque étape. Mais il faut quand même, un minimum, accompagner nos enfants.
Je rebondis sur ce que tu viens de dire parce que je trouve ça étonnant qu’il t’ait dit à la maternelle de parler qu’espagnol parce qu’ils ont l’espagnol et on sait que les langues régionales sont aussi très, très fortes.
Donc, ils connaissent le bilinguisme et je trouve étonnant que justement, ils disent, « Non, vous laissez presque tomber les autres langues le temps que l’enfant s’intègre. »
Oui. Mais en Andalousie, c’est le castillan.
Il n’y a pas de… Autant qu’en Catalogne, tu as trouvé le catalan et le castillan. À Valence aussi. Mais en fait, pour eux, c’était encore une autre complexité.
C’est-à-dire que deux langues, c’était normal plus. Non, ce n’était pas normal. Et en Andalousie, c’était vraiment comme ça.
Et pareil avec la lecture. Quand elle a commencé l’apprentissage de la lecture au CP, nous, on avait déjà anticipé l’apprentissage de la lecture en anglais et en français parce qu’elle demandait. Donc, on avait dit, « Écoute, on va t’introduire.» La lecture a traversé deux langues et comme ça, au moins… Et la maîtresse m’avait dit, « Non, non, non. En fait, laissez tomber, s’il vous plaît, la lecture. Elle est trop déstabilisée.» Là encore, en fait, moi je disais, « Non, mais aussi, il faut comprendre qu’il y a une certaine maturité entre un enfant qui est né au mois de janvier qui avait déjà plus de six ans et un enfant qui n’avait pas encore six ans. » « Non, non, non. Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça. » « Ah, ça peut être. » Voilà.
Et en effet, donc ça, c’était la première réunion. C’était fin septembre, au mois de décembre, elle lisait. Elle lisait en espagnol parfaitement.
Aujourd’hui, il y a eu des avancées par rapport à ça parce que bon, presque dix ans ont passé. Et je trouve qu’aujourd’hui, l’approche a changé. C’est une approche… Voilà, maintenant, on sait.
Les professeurs sont préparés aussi. Voilà, moi je vois que même dans son collège, aujourd’hui, que ce soit sa prof d’anglais et sa prof de français, lui ont adapté, en fait, le programme pour ne pas qu’elle s’ennuie. Parce que donc, ils ont reconnu quand même que oui, c’était une enfant qui pourrait s’ennuyer, en fait. Et donc, voilà.
Ou l’utiliser pour justement aussi motiver ses camarades et adapter un petit peu. Donc, par exemple, la lecture, il lui donne des livres un peu plus compliqués à lire en anglais, en français que les autres.
Est-ce qu’il y a, dans ta région, dans ta ville, des actions qui ont été mises en place pour soutenir le français chez les enfants francophones ?
Oui. Alors, oui, il y a l’association français langue maternelle, l’association FLAM. Voilà.
D’ailleurs, ma fille, la petite, je pense inscrire l’année prochaine ou dans deux ans, voir comment ça va. Mais notre aînée l’a suivie pendant deux, trois ans. Trois ans, elle l’a suivie.
C’était les samedis matins. Donc, voilà. C’était bien aussi pour rencontrer d’autres enfants, en fait, dans la même situation qu’elle.
Donc, voilà. Même si c’est vrai que la plupart des cas, la plupart des fois, ce sont en fait des enfants que le père ou la mère est espagnol et que le père est français, donc, ou la mère. Donc, voilà.
Donc, c’est un peu une approche un peu différente. Que la sienne. Mais oui, oui.
Il y a ça. Il y a aussi un groupe de mamans francophones qui organisent aussi des activités, aller au parc. Voilà, des choses comme ça pour que les enfants puissent parler en français entre eux.
Donc, voilà. Ça, c’est bien. Ça, c’est important.
Il y a aussi, dans la bibliothèque locale, il y a tout un espace créé par l’Alliance française de Grenade. Un coin lecture de livres en français. Donc, très bien fait.
En plus, il y a des petites tables, des petits poufs pour les enfants. Et donc, ça, c’est pareil. Alors, ça permet d’accéder à la lecture.
Et à l’école ils ont le français à partir de quel âge ?
Alors, en fait, le système espagnol, c’est un système bilingue par rapport, comme tu as mentionné, si bien que dans certaines régions espagnoles, il y a le bilinguisme. Et donc, pour que ce soit, on va dire, homogène, ils l’ont introduit même dans les régions où il n’y a qu’une seule langue. Donc, en Andalousie, le système bilingue repose sur l’anglais ou le français.
Alors, en effet, aujourd’hui, j’ai envie de dire que 90 %, je n’ai pas les chiffres exacts, mais je pense que c’est comme ça, 90 % des écoles sont des écoles bilingues, espagnol-anglais, et 10 % espagnol-français. Donc, qu’est-ce qu’ils font ? C’est des la maternelle, en fait. Ils ont des activités en français.
Alors, clairement, le niveau, on n’est pas sur une école vraiment bilingue, comme on peut imaginer. C’est 3 heures d’anglais, 3 heures d’espagnol, tous les jours. Non, ce n’est pas du tout ça.
C’est vraiment ponctuel, mais ça permet, en fait, encore une fois, de s’approcher aussi à la culture, puisque, par exemple, ils vont célébrer la Chandeleur. Et donc là, toutes les activités vont être en français. Ils vont organiser le printemps avec des activités en français.
Il y a une lectrice. Je dis lectrice, parce que c’est vrai que, pour l’instant, ça a toujours été des filles qui viennent aider pendant les cours de français, qui, justement, s’occupent de certains groupes. Ça, ça a toujours été un avantage aussi pour nos filles, parce qu’elles ont toujours, comme ça, pu parler français avec les lectrices.
Donc, voilà. Donc, en fait, c’est dès la maternelle qu’une des langues, que ce soit l’anglais ou le français, est intégrée à l’école. C’est vraiment bien, ça.
Pour les enfants bilingues, en plus, c’est parfait, parce qu’ils ont un autre contact avec le français très rapidement. Et puis, même pour les enfants, de manière générale, on dit toujours qu’ils sont des éponges à apprendre et de les baigner dans une deuxième langue, c’est idéal dès le début, même s’ils ne l’apprennent pas. Et puis, il y a certains enfants, enfin, moi, je sais, pour en avoir parlé avec certains parents, il y a certains enfants qui adorent le français. Alors, c’est vrai quand même que la plupart des parents préfèreraient l’anglais pour des raisons, voilà, évidentes.
Mais moi, je leur dis, je dis, mais vous savez, le français peut être utile aussi. Oui. Parce que l’anglais, maintenant, on va tous penser que tout le monde sait l’anglais, donc, voilà, il faut aussi le français.
Mais certains des enfants, ils adorent le français. Enfin, donc, les parents me font voir, mais t’as vu ? Regarde, écoute-le chanter en français. T’as vu comment il prononce bien ? Oui, oui, oui, oui.
Non, mais c’est bien. Non, non, mais… Oui, c’est chouette. C’est une bonne approche.
Enfin, sur le papier, c’est une bonne approche. Après, comme c’est une réforme qui est encore en train de se mettre en place parce que, petit à petit, en fait, il y a encore certaines choses à améliorer, mais voilà, c’est une bonne approche. En revanche, moi, j’ai eu des enfants J’ai une critique, par contre, parce que c’est vrai qu’on a commencé, donc, l’introduction de ce bilinguisme assez tôt.
Ma fille, qui est en quatrième, ce qui correspond au niveau quatrième aujourd’hui, mon aînée, là, elle est passée en première langue, c’est l’anglais comme première langue obligatoire et le français, c’est optionnel. Et en fait, ça, c’est une réforme qui a été faite il n’y a pas longtemps, il y a deux ans qu’elle a été mise en place alors qu’avant, la deuxième langue, la LV2, était aussi obligatoire. Et ça, par contre, le bilinguisme, c’est en train de créer quelques dégâts, notamment pour le français, qui est jugé par les adolescents comme une langue très compliquée et qui choisissent donc une autre langue ou, au contraire, la robotique ou, voilà, quoi.
Des choses, programmation, enfin, quelque chose mais c’est plus simple que le français, quoi. Oui, c’est un peu la même problématique dans beaucoup de pays, je crois. Voilà.
Donc, il y a eu pas mal de manifestations, justement, pour maintenir la LV2 comme obligatoire. Oui, parce que, tout simplement, c’est qu’ensuite, c’est ce qu’ils disaient, c’est qu’ensuite, à l’université, ils vont avoir besoin, très souvent, on va demander une deuxième langue obligatoire. Enfin, outre ta langue maternelle, l’anglais et une autre langue.
Donc, si tu ne l’as pas choisi au collège ou au lycée, c’est compliqué. Ça va coincer, en fait. Surtout que, bon, les liens entre l’Espagne et la France sont quand même très forts et que beaucoup d’Espagnols choisissent d’aller étudier en France avec le programme Erasmus et même par facilité, par proximité, tout simplement.
Est-ce que tu aurais des conseils pour les familles qui, comme toi, ont des enfants qui grandissent avec trois, voire quatre langues pour gérer au quotidien ?
Alors, pour gérer au quotidien, donner de l’espace à toutes les langues. Donc, que ce soit par côté ludique. C’est pour ça que, voilà, comme je te disais, la cuisine, en fait, on a fait avec, à travers les festivités, ça fonctionne bien.
À travers la cuisine aussi, parce que passer, pareil, transmettre les recettes, comme ça, ça permet aussi de raconter son enfance, voilà. Et puis, on ne va pas se mentir, une des choses les plus importantes, c’est de rentrer dans nos pays. Eh oui ! Et passer du temps avec la famille, avec les amis, c’est, voilà.
Alors, je sais que ce n’est pas toujours facile, ce n’est pas simple, que des fois, enfin, même moi, des fois, j’aimerais partir ailleurs en vacances que de rentrer en France voir ma famille. Non, je suis très heureuse d’aller voir ma famille, mais c’est vrai qu’on privilégie aller en Angleterre, aller en France et aller en Italie pour maintenir, en fait, le niveau des langues. Parce que c’est là où ils progressent le plus, c’est-à-dire quand ils sont au contact avec la famille qui ne parle qu’anglais, qui ne parle que l’anglais.
Quand ils ne parlent que français, enfin, voilà, ils font des bons, des bons énormes.
Alors, pour finir, est-ce que tu as une ou plusieurs anecdotes de tes filles et de leur bilinguisme ?
Oui, alors, justement, puisqu’on a parlé, c’est vrai qu’on s’est un peu focalisé sur l’aîné, justement, il y a quelques, il y a deux, trois semaines, j’étais dans un magasin de mode flamenco, parce que nous sommes en Andalousie, voilà, et il y avait une festivité à Grenade très importante, très suivie, il y avait beaucoup, beaucoup de touristes francophones, et c’était la période des vacances en France et ailleurs, donc il y avait beaucoup de touristes et j’étais dans un magasin avec ma fille en train d’acheter des accessoires et en fait, une dame s’approche de nous et elle nous dit, ben voilà, je vous ai entendues, vous parliez français, enfin, j’aimerais demander des conseils, mais je ne sais pas comment faire, je ne parle pas espagnol et en fait, là, ma fille, tout de suite, c’était une dame, elle avait plus de 55 ans, oui, facilement plus de 55 ans et ma fille, ah, mais pas de problème, allez, viens avec moi, je vais t’aider. Moi, pourquoi maman, ma chérie, tu sais qu’il faudrait utiliser vous ? Ah, oui, et donc, pardon, excuse-moi, non, excusez-moi. Alors, la dame s’est mise à rire et donc moi, je me suis sentie obligée de justifier, de dire, vous comprenez, voilà, nous habitons à Grenoble, ma fille n’a jamais vécu dans un pays francophone, en Andalousie, on tutoie, voilà, même les adultes, même les enfants, il y a cette facilité, alors oui, des anciennes générations, mais très anciennes, sinon on tutoie.
Donc, elle était en train de tutoyer la vendeuse. Avec moi, bien évidemment, elle me tutoie, donc c’était dans un contexte un petit peu étrange pour elle et la dame, elle me dit, mais pas de problème, aucun souci, au contraire, voilà. Donc, c’est vrai que nous, des fois, en tant que parents, on constate certaines choses et on se dit, oh là là, mais elle va être mal jugée, mais en fait, nous, on peut pas non plus toujours mettre cette pression sur nos enfants par rapport à ça, voilà.
On oublie aussi que, déjà, le contexte, où ils évoluent et puis ensuite, les influences, parce que bien évidemment, il y a des influences et ces influences, c’est tous les jours dans certains mots, par exemple, avec ma petite, la dernièrement, elle va dire, en parlant d’un homme en français, ah, elle, elle, elle, elle, parce qu’en espagnol, elle, elle, voilà, et Arla, donc je dis, non, ma chérie, mais maman, mais c’est pas logique, non, mais parce que ça s’écrit, mais oui, mais non, maman, c’est pas logique parce que ça se prononce pareil en français, et oui, mais bon, voilà, donc ça, voilà, deux anecdotes qui me sont venues là comme ça, à l’esprit par rapport à ces petites différences. Mais elles illustrent bien les différences franco-espagnoles, j’ai envie de dire. Oui, oui, oui, ça, et puis même parfois l’anglais, des fois, il y a un petit mot, la place des mots, des fois.
Eh oui. Donc la dernière fois, il y avait justement la grande, elle me dit, non mais maman, excuse-moi, mais des fois, vraiment, le français, c’est compliqué, parce que quand tu penses qu’il y a certains adjectifs qu’il faut les placer toujours avant, alors qu’en anglais, sur ça, il n’y a pas. J’ai oublié tout ça.
Merci à toi, Audrey, pour m’avoir donné cet espace sur un sujet qui est très intéressant, qui, parfois, fait encore peur, qui, parfois, est difficile à expliquer aussi. Enfin, voilà, je pense qu’on sait, par rapport à nos familles, c’est toujours un peu compliqué des fois de devoir expliquer certaines choses à nos familles, même à nos amis, enfin, les personnes qui ne vivent pas en fait ce quotidien, parce qu’on rencontre beaucoup de difficultés. Alors, on sait très bien qu’ensuite, c’est une richesse, c’est vraiment une richesse linguistique, richesse culturelle, voilà, mais c’est vrai que ça demande aussi un effort, et des fois, on peut être démotivé.
Merci à Coralie pour son témoignage! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!


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