Sophie (Royaume-Uni) : le maintien du français quand on est isolé géographiquement

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Sophie qui nous vient du Royaume-Uni et qui est maman française de deux enfants. Bonjour Sophie ! Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter ?

Bonjour ! Oui bien sûr, donc je m’appelle Sophie, j’ai 35 ans et je suis maman de deux enfants.

Donc Madeleine, mais tout le monde l’appelle Maddy, donc qui a deux ans, et Arthur qui a trois mois. Et donc le papa est britannique, oui, anglais.

Comment est-ce que se passe la maternité et la parentalité au Royaume-Uni ?

D’accord, donc en fait il y a des petites différences par rapport à la France, si je peux dire comme ça. Donc déjà, dès qu’on apprend qu’on est enceinte, on doit s’enregistrer.

Il y a un site spécifique où on doit s’enregistrer et donc on doit choisir son hôpital. Ensuite, on n’a pas vraiment de rendez-vous immédiat, il n’y a pas de prise de sang ou quoi que ce soit. Et il y a directement un rendez-vous avec la sage-femme, il me semble que c’est deux-trois semaines après.

Et globalement, en gros, il n’y a que deux échographies en général. Bon, ça peut varier, ça dépend évidemment du suivi des grossesses. Et je peux également ajouter qu’on ne voit pas de gynécologue ou de médecin.

Généralement, le suivi se fait uniquement par les sages-femmes. Sauf évidemment s’il y a des problèmes spécifiques, voilà. Qu’est-ce que je pourrais ajouter d’autre ? Oui, aussi on ne reste pas longtemps à l’hôpital une fois qu’on a accouché.

Donc on reste à l’hôpital entre 6h et 24h. Et en général, on n’a pas de chambre individuelle. C’est… comment je pourrais expliquer ça ? C’est une ward, donc c’est une grande pièce où on est séparés par des rideaux, si je peux dire comme ça.

Voilà. Oui, c’est un peu étonnant quand on n’est pas habitué, mais bon, on s’y fait.

Et ensuite, comment est le congé maternité, éventuellement paternité aussi ?

Alors, oui, évidemment, il y a un congé paternité. Donc avant, il était de 15 jours. Là, il est passé récemment à 4 semaines.

Donc pour Madi, c’était 15 jours. Et là, pour Arthur, ça a été 4 semaines. Et pour le congé maternité, donc en gros, en général, les mamans prennent un an.

Donc à savoir qu’au début du congé, c’est 80% du salaire. Et ensuite, ça descend à 700 livres par mois. Donc bon, ça dépend si les mamans décident de reprendre plus tôt ou pas.

Mais en général, oui, elles décident de rester 9 à 12 mois avec l’enfant, oui. Et ensuite, le système de garde, comment c’est ? Est-ce que c’est facile de trouver une place pour des tout-petits comme ça ? Alors, il y a des crèches. Donc par exemple, le système des nourrices, ça ne se fait pas trop ici.

Donc en général, c’est des crèches. C’est des crèches privées. Mais évidemment, il peut y avoir un système d’aide d’heures gratuites, si je peux dire comme ça.

Donc oui, après ça, c’est avec l’employeur, etc.

Est-ce que tu peux nous raconter le parcours bilingue de tes enfants ? Où est-ce qu’ils sont nés ? Quelle langue vous parlez dans la famille, etc. ?

Donc bon, Arthur a 3 mois.

Donc évidemment, il ne part pas encore. Il est petit. Voilà, c’est ça.

Mais par contre, Maddy, donc, qui a 2 ans. Donc évidemment, elle parle comme un enfant de 2 ans. Donc les 2 enfants sont nés en Angleterre.

Et en fait, dans la famille, on essaye de faire un parent une langue. C’est-à-dire que moi, je ne leur parle uniquement qu’en français. Et mon mari ne leur parle qu’en anglais.

Parce que bon, aussi mon mari ne parle pas français. Il comprend. Donc c’est vrai qu’il me soutient dans la démarche.

Peut-être quelques fois en faisant répéter les mots, en fait. Quelques petits mots français. Parce qu’en même temps, il essaye d’apprendre.

Mais oui, globalement, c’est maman français et papa anglais, en fait.

Comment se passe la transmission du français, donc, avec ta fille pour le moment ? Ou peut-être même avec ton fils ? Qu’est-ce que tu déjà mets en place avec lui aussi ?

Bon, mis à part le fait de parler uniquement en français, Maddy adore les chansons. Donc, on écoute beaucoup de chansons, des comptines.

Et donc, bien sûr, avec moi, en français. On lit beaucoup de livres. En français, bien sûr.

Des activités. Donc, ça dépend. Par exemple, des activités avec des gommettes.

Et je commente en français. On essaye de faire beaucoup d’appels vidéo avec la famille. Et puis aussi, je peux ajouter qu’on essaye d’aller aussi en France régulièrement.

En plus, moi, je viens du nord de la France. Donc, en fait, on n’est pas très loin. On a 7 heures de route.

Donc, c’est… C’est pas mal aussi. Oui, voilà. C’est pas très près, mais on pourrait habiter plus loin.

Aussi, ouais. Voilà, c’est ça. Ensuite, ce que je peux ajouter, c’est que dans ma ville, je me suis fait un groupe d’amis français.

Donc bon, malheureusement, ils n’ont pas d’enfants du même âge. Mais quand on se rencontre, elle entend qu’on parle en français. Donc, je pense que… Et Arthur aussi, du coup.

Donc, je pense qu’elle comprend que… Bon, c’est vrai que c’est pas une langue peut-être inutile. Enfin, il y a des gens qui parlent la langue autre que maman. Et peut-être même autre que la famille, en fait.

C’est ça. Et enfin, ce que je peux ajouter, c’est que Madi va à l’école française du samedi matin. Donc, cette école qui est située à Leeds est pas mal parce qu’elle accueille de 18 mois à 18 ans.

Donc, en fonction… En fonction de niveau, si je peux dire comme ça. Donc, comme une vraie école. Enfin, comme une école classique, en fait.

Mais le samedi matin. Donc, pour Madi, c’est une heure parce qu’elle est en petite section. Mais après, ça va jusqu’à deux heures et demie de cours chaque semaine.

Donc, qu’est-ce que je peux encore ajouter ? Ils y font des activités ludiques en fonction de thématique. Par exemple, cette semaine, c’est la ferme. Donc, des chansons, oui, des activités, oui.

Ensuite, ce que je peux dire également, c’est que pour les enfants plus âgés, par exemple, c’est pas mal. Les adolescents, par exemple, ils aident à préparer les examens. Par exemple, l’équivalent du bac, puisque beaucoup d’enfants choisissent le français, du coup.

Ou alors les examens de type DELF pour faire valider officiellement le niveau. Et ils font également des voyages scolaires, si je peux dire, en France pendant les vacances. Et puis, oui, c’est pas mal.

Pour les parents, ils proposent un café des parents avec des thématiques. Par exemple, comment garder le français à la maison, etc. Donc, c’est assez chouette.

Ça permet de rencontrer les parents, de pouvoir discuter. Et puis aussi, pour Madi, par exemple, de rencontrer des enfants dans le même cacal, quoi, dans le cas du bilinguisme. Et puis aussi, ils font des activités, enfin, des cours spéciaux en fonction des célébrations.

Par exemple, ils vont faire le carnaval, la chandeleur. Donc, ça aide aussi à garder la culture, aussi, la culture française. Si je peux ajouter quelque chose par rapport à la culture, c’est que nous aussi, à la maison, on essaye de garder la culture.

Enfin, on essaye de valoriser les deux cultures, en fait. Par exemple, pour les anniversaires, on va mettre une décoration Happy Birthday et une décoration Joyeux Anniversaire, par exemple. Pour, bon, pour plus tard, quand les enfants perdent leurs dents avec la petite souris.

En France, c’est la petite souris, mais ici, c’est la fée des dents. Donc, je vais essayer de faire un petit truc avec les deux, par exemple. Aussi, j’ai inscrit Madi à un magazine français.

Je ne sais pas si tu connais les popys. Ah oui. Oui, voilà.

Et justement, Madi aime beaucoup son popy. Elle est très contente de le recevoir tous les mois. Donc, ça a un langage aux histoires en français, etc.

Et c’est chouette. Il livre à l’étranger. Donc, ça, c’est assez chouette.

Oui. C’est très pratique, oui. Oui, voilà, c’est ça.

Oui, voilà. C’est ce que je peux dire un petit peu pour ce que je mets en place.

Alors, comment elle parle ? Est-ce qu’elle dit des mots en français ? C’est-à-dire, elle a deux ans, donc elle parle comme un enfant de deux ans, évidemment. Mais est-ce que le français est quand même un peu là ?

Oui, tout à fait. Bon, on va dire qu’en général, elle fait du franglais, en fait.

Ouais. Mais j’ai remarqué qu’elle utilisait des mots plus spécifiques en fonction des situations. Par exemple, justement le fait qu’à la maison, on n’écoute que des chansons en français.

Quand elle demande pour les chansons, je ne l’ai jamais entendu dire en anglais « chanson ». Elle l’a toujours dit en français. Elle a toujours dit « chanson ». Et j’ai remarqué aussi qu’en général, elle utilise le mot le plus facile. Par exemple, elle va dire « merci », mais elle va dire « please » pour signifier.

Parce que « thank you », c’est peut-être un peu plus compliqué que « merci », en fait. C’est ça. Et l’inverse, en effet, c’est rigolo.

C’est ça, ouais. Donc ouais, elle fait des mixtes, si je peux dire comme ça. Mais c’est vrai que quand on va en France, je remarque qu’après, elle a plus tendance à parler français.

Et aussi, quelque chose, oui, de rigolo, c’est qu’elle dit majoritairement « papa » et « maman », alors qu’elle connaît les deux. Mais ouais, à la crèche, quand elle va à la crèche, elle a plus tendance à dire « daddy ». Ouais, c’est vrai.

Et quand tu m’avais écrit le mail pour participer au podcast, tu m’as dit que cette transmission du français était importante. Est-ce que tu peux nous décrire peut-être en quoi c’est important pour toi ?

Oui, bah pour moi, c’est important parce que, ben voilà, en tant qu’enfant binationnel, c’est important de connaître la langue, je pense, et aussi la culture. Donc oui, au travers des traditions, par exemple, comme je disais tout à l’heure, avec les petites histoires. Par exemple, on fait aussi la galette des rois quand c’est l’épiphanie.

Donc oui, que ce soit Maddy ou Arthur, ils sont anglais, bien sûr, britanniques, mais ils sont aussi français, quoi. Donc pour moi, c’est important qu’elles connaissent, oui, un petit peu l’histoire quand même. Ouais, ouais, ouais.

Alors, tu nous as déjà parlé de cette école qui donne des cours le samedi aux enfants francophones. Est-ce qu’il y a d’autres actions locales qui sont aussi mises en place, alors peut-être pour soutenir le français ou juste pour permettre la rencontre entre francophones ?

Oui, alors il y a d’autres actions, mais malheureusement, c’est dans des villes un peu plus grandes parce que moi, j’habite dans une ville moyenne.

Donc c’est vrai que ça peut rejoindre aussi certaines difficultés du fait que là, par exemple, pour aller à l’école française, il y a une heure de route, donc deux heures si on compte l’aller-retour, donc t’es pas tout prêt. Donc c’est vrai que oui, ça, c’est un peu dommage dans le sens où c’est vrai que majoritairement, c’est réuni dans les grandes villes, en fait. Oui, oui.

Ça peut être une petite difficulté, tout à fait, oui. Et c’est souvent ce qui revient chez les familles francophones, c’est, comme tu dis, dès qu’on habite une ville moyenne ou même un village perdu, et il y en a aussi, c’est qu’ils sont complètement délaissés, en fait, pour l’offre du maintien du français chez les enfants. Oui, c’est ça.

Et dans ta région, dans cette ville où tu es, comment est vu le français ou alors dans ta belle-famille ?

Dans ma belle-famille, je dirais bien parce qu’ils ont déjà l’habitude des mariages internationaux. Donc mon beau-frère est marié avec une Ukrainienne, le cousin de mon mari est marié avec une Thaïlandaise. Donc ils ont déjà l’expérience, oui, des mariages internationaux.

Donc de ce côté-là, ça va. Ici, globalement, en Angleterre, en général, ils disent « Ah, vous êtes français, vous avez une jolie langue », etc. Bon, après, c’est vrai qu’ils aiment bien aussi quand on parle anglais.

Mais bon, il n’y a pas de… J’ai jamais vu d’hostilité, en fait, quand je parle aux enfants en public, en français, par exemple. Même à la crèche, c’est pas une crèche bilingue, mais comme il y a beaucoup d’enfants qui viennent d’autres pays, ils essayent de mettre, par exemple, des petits mots, par exemple « bonjour », « merci », etc. Et ils expliquent chaque enfant venant de tel pays, etc.

Donc c’est vrai qu’ils s’intéressent à ça, si je peux dire. Après, c’est vrai que moi, ça m’aurait intéressé de mettre ma vie dans une crèche bilingue. Mais bon, malheureusement, dans le coin, il n’y en a pas.

Et ce que je peux dire aussi, c’est que généralement, c’est des écoles, oui, totalement privées. Et c’est vrai qu’en général, c’est très cher. Donc ça peut être un frein également.

Mais globalement, pour revenir à ta question, le français est plutôt bien perçu, oui.

Est-ce que, toi, tu as des conseils pour les familles multilingues, donc avec des enfants qui grandissent avec le français comme langue minoritaire, et notamment, comme toi, qui habite peut-être dans une ville ou dans un village qui est un peu plus isolé au niveau du français ?

en, je dirais, toujours parler en français à ses enfants, même quand, des fois, ils répondent en anglais.

Par exemple, s’il m’a dit « réponds en anglais », je répète en français. Et aussi, en général, elles répètent derrière en français. Donc surtout, ne pas se décourager.

Toujours répondre en français. Après, c’est vrai que de nos jours, avec les nouvelles technologies, on peut trouver également peut-être des cours en ligne ou avoir accès à la radio française ou des choses comme ça. Donc, c’est vrai que ça facilite beaucoup.

Et puis, quand c’est possible, essayer de trouver un groupe de français avec qui on peut parler. Comme ça, les enfants entendent également le français. Oui, voilà ce que je pourrais dire.

Mais ouais, ne pas se décourager surtout. Ouais, ouais, ouais. Même si ce n’est pas évident.

Alors, pour finir, est-ce que tu as une ou plusieurs anecdotes ?

Des anecdotes rigolotes. Je ne vais pas dire que c’est rigolo, mais c’est que des fois, ça peut être un peu gênant.

Parce qu’en fait, quelquefois, Madjie dit des mots français, donc aussi dans un milieu anglophone. Et quelquefois, le mot français se prononce très proche, par exemple, d’insultes en anglais. Par exemple, si je dis… Si elle veut parler d’un phoque, par exemple.

Bon, voilà. Et donc, du coup, par sécurité, on a dû expliquer à la crèche que si elle disait phoque, il s’agissait bien de l’animal en français et pas de l’insulte, en fait. Donc, c’est vrai que ça peut être quelquefois un peu gênant si on est dans la rue et qu’elle dit un mot qui peut être mal perçu de l’autre côté.

Oui, c’est ça. Donc, c’est surtout ça. Mais sinon, ça se passe bien, donc en général.

Merci à Sophie! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!
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