#1 – Leila, soutenir le bilinguisme de ses enfants quand la famille parle exclusivement français
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Leila, maman française qui vit en Allemagne. Elle va nous parler de son expérience avec ses trois enfants et de ce qu’elle a mis en plus pour soutenir le bilinguisme de ses enfants. Ils sont nés en Allemagne et ont appris à parler français avec leurs deux parents tous les deux français. Bonjour Leila ! Est-ce que tu peux-tu te présenter ?
Bonjour Audrey ! Je m’appelle Leila, j’ai 40 ans, je vis en Allemagne depuis 15 ans dans un petit village dans le nord de la Bavière. J’ai 3 enfants, 2 grands enfants qui ont 11 et 8 ans et une petite dernière qui a 3 ans. Mes 3 enfants sont nés en Allemagne et le papa et moi sommes tous les deux français.
Comment s’est passée la transmission de la langue française à tes enfants ?
Pour nous ce qui était très important c’est que nos enfants soient à l’aise dans les deux langues. Donc on a essayé de les mettre dans les bonnes conditions pour qu’ils puissent, en tant qu’enfants étrangers, avoir la meilleure intégration possible.
Donc par exemple ça a été notre choix de mettre très rapidement nos enfants dans le groupe crèche du Kindergarten. Normalement en Bavière les enfants restent à la maison avec les parents jusqu’à leurs 3 ans et après ils intègrent le Kindergarten. Et nous on a voulu les intégrer dès 12 mois pour qu’ils passent des journées entières en n’entendant que de l’allemand, parce qu’à la maison ils n’entendaient que du français.
Donc pour nous ça a été très important de surveiller ça. Ça a été notre souhait aussi d’inclure dans ce développement de nos enfants l’équipe du Kindergarten, qui est une très bonne équipe pédagogique. Et on leur a dit qu’on aimerait beaucoup avoir des retours s’ils avaient l’impression que nos enfants avaient parfois des difficultés de compréhension ou des difficultés à s’exprimer.
On sait à quel point ça peut être parfois difficile pour un enfant d’exprimer quand il est en colère, quand il est frustré. Donc on a toujours demandé de faire attention. Est-ce que c’est lié au développement de l’enfant ? Au fait que l’enfant a du mal à exprimer ses sentiments ? Ou est-ce que c’est un problème de langue ? Et à ce moment-là comment on peut agir ? Pour nos 3 enfants on a essayé de mettre l’accent là-dessus.
À la maison on parle exclusivement français. Sauf, et ça c’est une règle que mon mari et moi nous sommes imposées dès le départ, quand on était en Allemagne, même sans enfants. Sauf quand nous avons des Allemands à la maison, même entre nous, même si c’est juste à table pour dire « est-ce que tu peux aller me chercher du beurre dans la cuisine ? » on essaye de se parler entre nous, même en allemand, quand nous avons des invités allemands, pour ne pas exclure les invités allemands ou que les invités allemands se disent « oh là là, ils sont en train de parler en français, qu’est-ce qu’ils disent de moi ? » Il y a quelque chose qui ne se passe pas bien. On essaye d’inculquer cette règle à nos enfants aussi, ce qui se passe très bien.
Je dois dire que le Kindergarten nous a vraiment facilité la tâche parce qu’ils ont très vite compris notre projet, nos appréhensions par rapport à ça, le fait de devenir parent et de vouloir que son enfant se sente bien.
Il y a eu quelques petites anecdotes ou quelques petites choses comme ça qui ont été très intéressantes pour nous, notamment ma grande-fille qui, à l’âge de 4 ans et demi je crois, était à une activité à table dans un groupe avec une institutrice et elle faisait une petite activité, en attendant que d’autres enfants aient fini leur activité.
Le groupe dans lequel était ma fille avait fini son activité, donc pour attendre les autres, l’institutrice leur a proposé de faire un dessin pour Félix dont c’était l’anniversaire ce jour-là. Donc elle a demandé aux enfants « Möchtest du ein Geburtstagsbild für Felix malen ? » donc littéralement, est-ce que tu veux destiner une image d’anniversaire pour Félix ?
Et ce mot qui en français comporte 3 mots, en allemand n’en comprend plus qu’un, c’était un mot assez compliqué. Donc les autres enfants ont dit tout de suite oui. Et ma fille est restée là à regarder l’institutrice un en disant ben non, moi je ne veux pas faire ça.
L’institutrice a distribué des feuilles et des crayons aux autres enfants qui ont commencé à dessiner et ma fille s’est retrouvée toute seule. Donc elle a regardé l’institutrice, elle a dit attends, moi aussi je veux faire un dessin. Donc l’institutrice a regardé ma fille et lui a dit « Est-ce que tu veux faire un dessin pour Félix ? Parce qu’aujourd’hui c’est son anniversaire.» Et là elle a compris, là elle a réalisé. Le mot « Geburtstag Bild », donc deux mots réunis en un seul mot, elle n’avait pas compris en fait. Donc elle s’est retrouvée en difficulté. Et je trouve que l’institutrice a merveilleusement bien réagi en se mettant à son niveau et en se disant, là elle n’a pas compris, elle est frustrée, elle n’est pas bien parce qu’elle voit que les autres font un dessin et puis elle est là toute seule. Bon je vais reformuler et je vais voir si elle a bien compris.
C’est pour ça que je dis que le Kindergarten dans lequel ont été nos enfants, était absolument fantastique. Mais voilà, c’est plein de petites choses comme ça, des anecdotes comme ça, j’en ai encore plein.
Donc voilà, nous on essaye de soutenir comme on peut et où les instits jouent un rôle très important aussi. Et en français il y a des petites choses comme ça aussi, où nos enfants finalement ne comprennent pas certains mots en français et on est obligé de les traduire en allemand pour que nos enfants les comprennent.
Oui, surtout qu’il y a des mots en allemand, je le vois avec mes enfants, ils n’existent pas en français. Donc il faut leur expliquer ce concept et parfois c’est vraiment compliqué à mettre des mots pour que les enfants vont comprendre.
C’est ça, c’est aussi s’adapter à l’enfant et moi dans les questions que j’ai pu me poser aussi, c’est comment un enfant peut exprimer ses sentiments, ce qui est déjà pour un enfant pas facile, mais alors en plus dans une autre langue, c’est pas forcément évident.
Mes deux enfants quand ils avaient vers trois, quatre ans, ne réagissaient pas de la même façon. Notre grande-fille par exemple, elle passait la journée au Kindergarten et j’allais la chercher vers les 14 ou 15 heures. J‘étais enceinte de mon deuxième à ce moment-là et à chaque fois que j’allais chercher Amina au Kindergarten, on rentrait à la maison et ça se passait mal. Il y avait un quart d’heure, 20 minutes, parfois une demi-heure où ça se passait mal, où on ne pouvait rien faire, on ne pouvait pas commencer une activité.
J’avais l’impression qu’elle était frustrée de tout en fait. Je ne pouvais rien lui demander. « Tu peux le faire toute seule ? Non, tu veux que je le fasse avec toi ? » Je me disais, ok, elle a besoin de moi, elle a passé la journée au Kindergarten, ça a peut-être été un peu long, je vais l’aider. Elle a peut-être besoin d’un câlin ou on va lire un livre.
J’ai essayé énormément d’activités comme ça. Et je me disais, oh là là, c’est parce que je suis enceinte, elle sent qu’il y a le bébé qui va arriver, elle me sent différente, etc. Et en fait, pas du tout, j’ai mis à peu près six semaines à comprendre que c’était entièrement de ma faute.
Parce que quand je la cherchais au Kindergarten, elle venait de se passer toute la journée en allemand. Et moi, je la cherchais au Kindergarten et tout de suite, j’attaquais, même sur le chemin pour rentrer à la maison, « Comment s’est passée la journée ? Est-ce que tu as bien mangé ? Est-ce que tu as joué avec ta copine ? Est-ce que tu as fait des beaux dessins ? » En français !
C’était d’une violence inouïe pour elle. Parce qu’elle, elle avait passé toute sa journée en allemand. Et moi, je l’assommais de questions en français. Donc, il fallait que son cerveau comprenne, oh là là, je suis dans une autre langue. Comment je peux lui raconter ça en français ? Parce qu’elle me le demande en français. Donc, il va falloir que je réponde en français. Et en fait, ça s’est passé mal pendant cinq à six semaines. Et je ne savais plus quoi faire. Parce que je voyais qu’elle n’était pas bien.
Je ne savais pas comment l’aider. Puis je me suis dit je ne vais rien dire, en fait. Je vais juste la prendre au Kindergarten et je ne vais rien lui dire. Je vais la laisser s’exprimer. Et on verra bien comment ça va se passer. Effectivement, on arrivait à la maison et elle faisait son truc, en fait.
Donc, j’étais à côté, puis je la laissais dans sa salle de jeu, jouer avec ses poupées, tout ça. Jusqu’à ce qu’elle vienne vers moi et qu’elle me dise « Maman, tu peux me lire un livre ? » Ou j’ai faim, ou j’ai besoin d’un câlin, tout ça, etc. Et naturellement, elle venait en français. Et là, elle s’est beaucoup plus apaisée. Mais en fait, je me suis dit, c’est incroyable pour les enfants de passer d’une langue à une autre comme ça. Et je me suis rendu compte que ce que je demandais à ma fille de 2 ans et demi, c’était finalement beaucoup trop. Ce n’était pas possible.
Et encore maintenant, avec Amina particulièrement, elle est au gymnasium, elle est dans la 6e classe ce qui correspond à la 6e française. Quand il y a quelque chose de particulier qui s’est passé à l’école, à table le soir, elle commence à le raconter en français. Et puis au bout d’un moment, elle baisse les bras. Et elle nous dit, non, je vous le raconte en allemand parce que je ne vais pas avoir les mots en français. Donc, ça montre que finalement, entre 2 ans et demi et 11 ans, oui, ça fait partie du développement normal de l’enfance.
Pour exprimer ces sentiments de quelque chose qui s’est passé à un moment donné et qui s’est passé dans une langue, peut-être qu’il faut le restituer dans la même langue finalement. Je trouvais ce processus assez intéressant. Et de pouvoir trouver les armes pour la soutenir et de pouvoir réfléchir à ça.
Et en tant que maman, ce sentiment de frustration ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Qu’est-ce que je fais mal ? Comment je peux ?
Des fois, c’est juste, maman, c’est trop avec tes questions. Peut-être qu’il faut freiner un peu là-dessus. Sur l’expression des sentiments aussi, mon fils qui a toujours eu beaucoup de mal à gérer sa frustration et qui parfois gérait sa frustration ou sa colère en se démembrant complètement, en partant dans des colères et même physiquement à tomber par terre et à pleurer. C’est pareil, on se dit comment on va pouvoir gérer ça ? Ça se passait à la maison comme ça, ça se passait au Kindergarten comme ça.
J’ai eu une des institutrices du Kindergarten qui m’a dit, est-ce qu’un petit peu d’orthophonie ça ne lui ferait pas du bien, justement ?
Moi, je n’avais pas l’impression qu’il avait un manque de vocabulaire par rapport à notre grande-fille qui, elle, à 4 ans, on a commencé l’orthophonie parce qu’elle avait un champ lexical qui était très pauvre et une grammaire en allemand qui était très pauvre aussi et là, on sentait qu’il y avait vraiment des besoins. Elle a fait 18 mois d’orthophonie et ça lui a fait du bien.
Et pour Desnoël, notre numéro 2, j’avais moins ce sentiment-là. Donc, quand il avait 5 ans, on a quand même consulté une orthophoniste qui nous a dit, oui, effectivement, je vais faire un premier bilan et puis on va voir un petit peu. Et elle nous a dit qu’effectivement, ça vient avec l’organisation de ses sentiments et l’expression de ses sentiments et le fait de je fais le tri à l’intérieur de moi entre ma colère, entre comment je peux l’exprimer, comment je peux réagir et pas forcément, finalement, le champ lexical. Donc, on a fait de l’orthophonie avec elle et ça lui a apporté beaucoup de choses dans le fait, par exemple, d’associer des petites images à des petits sentiments.
Ça, c’était très important pour lui de continuer à le faire à la maison en lisant des livres. Tiens, regarde le petit personnage là, comment il est, est-ce qu’il a peur, est-ce qu’il est triste, est-ce qu’il est content, tout ça, etc. Donc, ça l’a un petit peu aidé à exprimer en français.
Nous, on a pu lui apporter des sentiments aussi. Et c’était très intéressant parce qu’au Kindergarten, quelques mois plus tard, ils ont eu le même thème pour la fête de Kindergarten sur le livre Le monstre des couleurs. Il y a toute la série, il y a le jeu aussi.
Nous avons la grosse boîte avec le jeu sur le monstre des couleurs qui propose plein de petites activités comme ça pour aider à exprimer ses sentiments avec les bonbons. Et les livres sont absolument fantastiques. Donc ça, ça nous a bien soutenus aussi pour l’aider justement à exprimer ses sentiments et en parallèle au Kindergarten, ça a été vraiment fantastique aussi.
Mais c’est vrai que c’est pas facile. L’expression de ses sentiments pour un enfant, il faut pouvoir le soutenir en tant que parent. Et en plus, il faut trouver la bonne langue.
C’est ça, les enfants ont besoin de construire ces sentiments, de les reconnaître et c’est déjà difficile dans la langue maternelle, mais en plus, l’exprimer dans les différentes langues. Surtout que pour nous, c’est évident parce qu’on les connaît, mais en fait, on n’exprime pas tous les jours la peur ou des sentiments de manière générale. Certains, on les exprime très rarement et, pour l’enfant, c’est pas inné chez lui, il faut qu’il les apprenne dans sa propre langue. Pour le français, en effet, utiliser des livres, utiliser des jeux ou des films, c’est très bien aussi pour les aider à acquérir ce vocabulaire et ces sensations et donc pouvoir les exprimer ensuite dans toutes les langues qu’ils veulent.
Exactement, et puis rester en échange permanent aussi avec le Kindergarten et puis voir, est-ce que c’est lié à la langue, est-ce qu’on peut agir dessus, comment on peut agir dessus ou alors est-ce que c’est lié à autre chose. Mais c’est vrai que la question de la compréhension du la la vue se pose toujours parce qu’on voit bien comment ça a pu nous mettre, nous, en adultes, en difficulté quand on est arrivé dans le pays de se dire, oh là là, là, j’ai pas compris un truc, oh là là, là, je me suis exprimé bizarrement, mon interlocuteur ne m’a peut-être pas compris. Et nous, en tant qu’adultes, on a les armes pour réagir, mais un enfant, il va pas avoir ça, donc c’est important d’avoir le feedback du Kindergarten. Des autres parents aussi, ou des autres enfants avec qui on peut rester en contact, de voir dans la gestion des petits conflits ou même juste sur l’air de jeu, voilà quoi, d’être à l’écoute de ces enfants surtout.
Dans votre entourage allemand, comment a été vu ce bilinguisme ? Est-ce que vous vous êtes sentis soutenus ? Est-ce que plutôt c’était du rejet ?
Je pense qu’en tant que parent, c’est très important de transmettre à tes enfants comment toi, tu gères ton bilinguisme aussi.
C’est-à-dire que mon mari et moi ne sommes absolument pas fiers au niveau de la langue et on se laisse très facilement corriger.
On a un très grand groupe d’amis ici à Schwannfeld, dans notre petit village de même pas 2000 habitants, tout le monde se connaît. Nous on a intégré un groupe d’amis où les gens se connaissent depuis l’école maternelle. C’est très rigolo, c’est très riche, c’est notre famille allemande, depuis 15 ans.
Dès le départ, à ce groupe d’amis-là, on leur a toujours dit qu’on n’était pas fiers. Si je dis quelque chose, si je m’exprime et que tu ne me comprends pas ou que je fais des fautes de grammaire, s’il te plaît, corrige-moi. Parce qu’il n’y a que comme ça que je peux progresser.
Je le fais beaucoup au travail aussi. Je suis infirmière, donc la communication avec les patients, c’est extrêmement important. La communication dans les transmissions avec mes collègues, c’est aussi extrêmement important.
Et il n’y a aucun moment où je me sens vexée parce qu’un collègue me dit « J’ai pas compris ce que tu viens de dire. » Ou alors « Tu ne peux pas le dire comme ça. » « On n’a pas compris. » C’est ce que j’essaie de transmettre à mes enfants aussi, c’est que quand il y a quelqu’un qui te corrige, c’est juste pour ton bien et pour que ça se passe bien.
Et nous, c’est comme ça qu’on le fait, c’est comme ça qu’on le vit aussi. Nos amis et nos entourages voient notre bilinguisme comme une richesse et nous soutiennent vraiment là-dedans et soutiennent nos enfants aussi. On a la chance d’avoir dans notre entourage et dans notre groupe d’amis, dans notre petit village, deux copines qui sont orthophonistes justement.
On parle beaucoup. On a lu beaucoup sur le sujet maintenant, un peu moins, mais on a lu beaucoup aussi sur le sujet parce que c’est très important. Et je pense que pour s’intégrer, la langue, il faut accepter qu’on te corrige et il faut accepter de pouvoir t’améliorer.
Quand je suis arrivée en Allemagne, on m’a conseillé assez rapidement de trouver un tandem, c’est-à-dire un Allemand qui voulait améliorer son français. Et donc au bout d’un an, je crois, j’ai trouvé quelqu’un de très intéressant qui est devenu un petit peu mon papa allemand parce qu’il était beaucoup plus âgé que moi.
Il est presque à la retraite maintenant. Être il est très inclus dans notre famille.
Nos enfants le connaissent. Ils connaissent ses enfants aussi. Et c’est très rigolo de voir pour nos enfants aussi comment lui parle français et comment parfois il nous pose des questions. Il va nous raconter quelque chose en français ou il va nous faire parler de quelque chose en français.
Puis des fois, il nous regarde et nous dit « c’est correct » ou « je l’ai dit correctement » ou « j’ai pas fait de faute ». Nos enfants voient donc quelqu’un d’autre que nous se poser aussi cette question, mais du coup un peu en miroir, c’est-à-dire un Allemand qui pose des questions en français.
Je pense que tout le monde voit ça comme une richesse autour de nous et on est vraiment beaucoup soutenus. Et le fait justement de dire dès le départ « corrige-moi » ou « je ne sais pas comment dire » ou « y’a pas un mot pour ça ». Nos enfants font un petit peu la même chose.
Je trouve ça très riche. C’est très chouette parce que c’est vrai que c’est pas tout le temps le cas. Moi aussi, j’ai eu des expériences où si on ne connait pas un mot, si on fait une faute de grammaire, c’est tout de suite vu comme quelque chose d’irréparable. Il faudrait avoir honte.
Est-ce que vers chez toi il y a des actions qui soutiennent ces enfants ? Est-ce qu’il y a par exemple des cours ? Des groupes qui se retrouvent pour rassembler les enfants francophones ? Par exemple, à partir de 6-7 ans, il y a la question de savoir lire et écrire en français qui se pose. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous avez fait appel à quelqu’un ?
Je sais qu’à Wurzburg, à 30 kilomètres, on connaît des familles aussi franco-allemandes et qui ont des enfants qui ont participé à un groupe à Wurzburg de quelqu’un qui faisait ça bénévolement.
C’était le samedi matin et nous, le samedi matin, on avait déjà des activités avec nos enfants. Et puis, il y avait quand même 30 minutes de route à faire pour aller jusqu’à ce groupe-là. Donc ça nous a freinés. Et ensuite, on a surtout voulu nous mettre l’accent sur l’allemand.
Dès qu’ils sont rentrés à l’école ou même avant, quand ils étaient en dernière année au Kindergarten, on est restés fixés énormément sur l’allemand parce qu’on s’est dit de toute façon, l’allemand ça va être la base de leur école. Le français, ils savent déjà le parler.
S’ils choisissent de faire du français après, plus tard quand ils seront au collège, on pourra agir à ce moment-là. Mais on ne leur a pas du tout apporté de base de grammaire, de vocabulaire, de les forcer à lire en français, tout ça, etc. Mes deux enfants de 11 et 8 ans sont des dévoreurs de livres. Ils sont parfois privés de livres parce qu’ils laissent du coup tout le reste de côté et ils sont à fond dans leurs livres. Bon, les pommes ne tombent jamais loin de l’arbre parce que je lis beaucoup aussi. Mais j’ai des enfants qui sont passionnés de lecture. Je pense que la meilleure amie de ma fille c’est la libraire.
Evidemment à chaque fois qu’on rentre en France, moi je m’achète une dizaine de livres que je vais lire pour les six prochains mois. Nos enfants viennent avec nous aussi. Il y a parfois des livres qui les intéressent mais ils ne vont pas les acheter parce qu’ils me disent « Non, je n’ai aucun plaisir à lire en français. » Alors là, la grande, ça commence un petit peu, mais c’est vraiment des tout petits romans.
Desnoël, qui a huit ans, lui commence un petit peu à lire des petits livres à sa petite sœur de 4 ans. Alors, il sait lire en français, ce n’est pas le problème. Même les « en », les « est-ce que je prononce le T à la fin, est-ce que je ne prononce pas le T à la fin, le E à la fin, tout ça, etc. » Il arrive à reconnaître le mot. Et du coup, la lecture se passe finalement de manière très intuitive sans qu’on ait eu besoin de lui apprendre quoi que ce soit, comme c’est déjà un très bon lecteur.
Mais ils nous disent « Non, on n’a aucun plaisir à lire en français. Ça ne nous intéresse pas. » Quand on est chez les grands-parents en Bretagne, ils ont une collection d’Astérix et Obélix. Donc, là, ils vont lire les Astérix et Obélix, mais au bout d’un moment, on voit bien que ça les fatigue. On voit qu’ils ne font que tourner les pages, ils ne regardent que les images, en fait, parce que ça les fatigue énormément.
Et je dois dire que les deux grands ont un très bon niveau en allemand. Avec le français, voilà, ça ne m’a pas stressée. Je n’ai pas du tout fait le forcing. Là, Amina, qui est en sixième, elle a commencé le français cette année. Ça se passe très bien, évidemment. Elle a un petit peu de mal au niveau de la grammaire, mais elle a un petit peu de mal en grammaire au niveau de l’allemand aussi. Donc, voilà, je la soutiens dans les deux langues. Je vais essayer de lui faire comprendre que c’est un peu pareil dans les deux langues, finalement.
Mais ça se passe très bien. Et puis, parfois, c’est rigolo, parce que quand elle a des listes de vocabulaire à apprendre, elle nous dit, ah, c’est marrant, ce mot-là, je ne l’aurais pas écrit comme ça.
On n’a pas fait le forcing parce qu’on s’est dit qu’on n’avait pas envie de leur remplir trop la tête et de les laisser d’abord gérer leur système scolaire allemand correctement avant de pouvoir introduire du français. Et qu’on pourrait introduire le français au moment où ils l’apprendraient à l’école.
Après, ils ont des contacts avec d’autres enfants français ici, d’autres familles expatriées. Et c’est très rigolo parce qu’ils correspondent dans les deux langues. Il y a une famille franco-allemande aussi. Le papa est français, la maman est allemande.
Nos filles ont quatre semaines d’écart. Donc, elles ont vraiment grandi ensemble. Maintenant, elles ont 11 ans, toutes les deux, quand elles sont à table avec nous, elles vont parler français, de sujets, d’autres, comment ça se passe à l’école, tout ça, etc. Et quand elles jouent ensemble, elles vont parler allemand. C’est leur petit monde à elles, et on les laisse comme ça. C‘est incroyable, cette capacité qu’elles ont.
Tu en as déjà cité une tout à l’heure, est-ce que tu as une autre anecdote à nous partager sur ce bilinguisme ou des anecdotes de mélanges des deux langues ?
Il y a une chose très rigolote que m’a dit mon fils il y a quelques années. Il me demandait où dormaient les chevaux. Je lui dis, les chevaux, ils dorment dans une étable, dans une écurie. Du coup, je voyais qu’il ne comprenait pas le mot. Donc, je lui dis le mot en allemand, Pferdestahl.
Et du coup, il me dit, mais comment ils font pour ne pas avoir froid la nuit ? Parce qu’ils dorment dehors, enfin, il doit quand même faire froid. Et je dis, ils ont des poils. Et en fait, je ne sais pas, il doit avoir 4 ans. Donc, peut-être le mot poil, c’est un mot qu’il n’avait jamais entendu.
Et à la maison, on a un poêle. Donc, il me dit, ah bon, ils ont des poêles, mais comment ils font pour allumer le feu ? C’est des chevaux!
Il n’avait pas compris, il n’avait peut-être jamais entendu le mot poil. Pareil, il a fallu que je traduise le mot poil en allemand pour qu’il comprenne que c’était quelque chose de très mignon.
Ma fille nous en a fait une belle aussi. Je pense que j’ai ri pendant au moins un quart d’heure. On était dans un autre village. Elle était petite et il fallait qu’elle marche. Et ça montait. Et je lui dis, allez Mimi, tu t’inquiètes pas, ça va aller, regarde. Après le deuxième lampadaire, on est déjà arrivé à la maison. Et je vois ma fille qui s’arrête, qui regarde dans le ciel et qui me dit, mais où ça des lapins d’air ? C’est très mignon parce qu’elle n’avait jamais entendu le mot lampadaire.
Là où on est, il n’y a pas de lampadaire ou on n’a peut-être jamais exprimé le mot. Mais le mot lampadaire, et de la voir regarder dans le ciel et chercher des lapins. C’était juste exceptionnel. Et puis le mot français comme ça, où on se rend compte que, ah oui, c’est peut-être un mot français qui ne fait pas encore partie de son vocabulaire.
C’est marrant parce que notre réflexe, c’est de passer forcément par le mot allemand pour qu’ils comprennent. Parce qu’on se dit, peut-être que ce mot ou cette chose qu’elle n’a pas compris en français, peut-être qu’il l’a déjà entendu en allemand.
Et du coup, ils font, ah ! Mais oui. Mais ça fait des belles anecdotes à raconter après, justement.
Merci à Leila pour son témoignage complet et rempli d’anecdotes mignonnes! N’hésitez pas à lui laisser un mot en commentaire!
A bientôt pour un nouvel épisode!


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